A Vant Propos
De ma retraite du service du sultan, et de mon abandon des choses du monde
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
suite ; chaque jour je lisais tout le Coran, et ne rompais le jeûne qu’en
buvant uniquement un peu d’eau. La sixième journée je mangeai, puis
je jeûnai encore quatre jours successifs, et je fus délivré après la mort
du cheïkh. Rendons-en grâces au Dieu très haut !
DE MA RETRAITE DU SERVICE DU SULTAN, ET DE MON ABANDON DES
CHOSES DU MONDE
Quelque temps plus tard, je renonçai au service du souverain, et je
m’attachai assidûment au cheïkh, au savant imâm, à l’adorateur de
Dieu, l’ascète, l’humble, le pieux, le sans pareil dans son siècle, le
phénix de son époque Camâl eddîn ’Abad Allah alghâry. C’était un
saint qui a fait beaucoup de miracles, et j’ai déjà mentionné ceux que
j’ai vus par moi-même, la première fois que j’ai parlé de lui. Je me
vouai entièrement au service de ce cheïkh, et donnai ce que je possé-
dais aux moines et aux pauvres. Le saint personnage jeûnait dix jours
sans interruption, et quelquefois aussi vingt jours ; je voulais jeûner
comme lui ; mais il me le défendit, et me conseilla d’avoir soin de moi
dans les exercices de la dévotion. Il disait : « Certes, celui qui veut
aller vite et devancer les autres ne fait pas de chemin, et ne sauve
point de monture. » J’aperçus en moi-même un certain sentiment de
négligence, à cause de quelque objet qui me restait. Je me séparai
donc de tout ce qui m’appartenait, précieux ou non ; je donnai à un
fakîr les vêtements qui me recouvraient, et je mis les siens. Je restai
cinq mois avec ce cheïkh ; pendant ce temps, le sultan était absent de
Dihly, et dans la contrée du Sind. p146
DE L’ORDRE DU SULTAN POUR QUE JE ME RENDISSE PRÈS DE LUI, DE MON
REFUS DE REPRENDRE DU SERVICE, ET DE MON ZÈLE POUR LA DÉVOTION
Lorsque le souverain sut que je m’étais retiré du monde, il me fit
demander ; il se trouvait alors dans le pays de Sîouacitân 134. Je me
rendis auprès de lui dans le costume des moines, il me parla de la ma-
134 Sehwan, sur l’Indus, au nord de Hyderabad. Muhammad Tughluk se trouvait
dans le Sind à la suite de la révolte de Malik Shahu Lodi (voir plus haut p. 97
et n. 57).