A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 39 sur 166

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A Vant Propos

De ma retraite du service du sultan, et de mon abandon des choses du monde

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

suite ; chaque jour je lisais tout le Coran, et ne rompais le jeûne qu’en

buvant uniquement un peu d’eau. La sixième journée je mangeai, puis

je jeûnai encore quatre jours successifs, et je fus délivré après la mort

du cheïkh. Rendons-en grâces au Dieu très haut !

 

DE MA RETRAITE DU SERVICE DU SULTAN, ET DE MON ABANDON DES

CHOSES DU MONDE

 

Quelque temps plus tard, je renonçai au service du souverain, et je

m’attachai assidûment au cheïkh, au savant imâm, à l’adorateur de

Dieu, l’ascète, l’humble, le pieux, le sans pareil dans son siècle, le

phénix de son époque Camâl eddîn ’Abad Allah alghâry. C’était un

saint qui a fait beaucoup de miracles, et j’ai déjà mentionné ceux que

j’ai vus par moi-même, la première fois que j’ai parlé de lui. Je me

vouai entièrement au service de ce cheïkh, et donnai ce que je possé-

dais aux moines et aux pauvres. Le saint personnage jeûnait dix jours

sans interruption, et quelquefois aussi vingt jours ; je voulais jeûner

comme lui ; mais il me le défendit, et me conseilla d’avoir soin de moi

dans les exercices de la dévotion. Il disait : « Certes, celui qui veut

aller vite et devancer les autres ne fait pas de chemin, et ne sauve

point de monture. » J’aperçus en moi-même un certain sentiment de

négligence, à cause de quelque objet qui me restait. Je me séparai

donc de tout ce qui m’appartenait, précieux ou non ; je donnai à un

fakîr les vêtements qui me recouvraient, et je mis les siens. Je restai

cinq mois avec ce cheïkh ; pendant ce temps, le sultan était absent de

Dihly, et dans la contrée du Sind. p146

 

DE L’ORDRE DU SULTAN POUR QUE JE ME RENDISSE PRÈS DE LUI, DE MON

REFUS DE REPRENDRE DU SERVICE, ET DE MON ZÈLE POUR LA DÉVOTION

 

Lorsque le souverain sut que je m’étais retiré du monde, il me fit

demander ; il se trouvait alors dans le pays de Sîouacitân 134. Je me

rendis auprès de lui dans le costume des moines, il me parla de la ma-

 

134 Sehwan, sur l’Indus, au nord de Hyderabad. Muhammad Tughluk se trouvait

dans le Sind à la suite de la révolte de Malik Shahu Lodi (voir plus haut p. 97

et n. 57).