A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 92 sur 166

Pages du PDF

A Vant Propos

De la sangsue volante

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

bricité. Un habitant de l’île de Ceylan m’a raconté qu’il y avait chez

lui un singe, qu’une de ses filles entra dans une chambre et que

l’animal l’y suivit. Elle cria contre lui, mais il lui fit violence. « Nous

accourûmes près d’elle, continuait ce personnage, nous vîmes le singe

qui la tenait embrassée, et nous le tuâmes. »

 

Cependant, nous partîmes pour la baie des Bambous, de laquelle

Abou’Abd Allah, fils de Khafîf tira les deux rubis qu’il donna au sul-

tan de cette île, ainsi que nous l’avons raconté dans la première partie

de ces voyages 394 ; puis nous marchâmes vers un endroit nommé la

Maison de la Vieille, et qui se trouve à l’extrême limite des lieux habi-

tés. Nous en partîmes pour la caverne de Bâbâ Thâhir, qui était un

homme de bien, et ensuite pour celle de Sébîc. Ce Sébîc a été au nom-

bre des souverains idolâtres et s’est retiré en cet endroit pour s’y livrer

à des pratiques de dévotion.

 

DE LA SANGSUE VOLANTE

 

Dans ce lieu-là, nous vîmes la sangsue volante, que les indigènes

appellent 395 zoloû . Elle se tient sur les arbres et les herbes qui se trou-

vent dans le voisinage de l’eau, et quand un homme s’approche d’elle

elle fond sur lui. Quelle que soit la place du corps de cet individu sur

laquelle tombe la sangsue, il en sort beaucoup de sang. Les habitants

ont soin de tenir prêt, pour ce cas, un limon dont ils expriment le jus

sur le ver qui se détache de leur corps ; ils raclent l’endroit sur lequel

il est tombé avec un couteau de bois destiné à cet usage. On raconte

qu’un certain pèlerin passa par cette localité, et que des sangsues

s’attachèrent à lui. Il montra de l’impassibilité, p262 et ne pressa pas sur

elles un citron ; aussi tout son sang fut épuisé et il mourut. Le nom de

cet homme était Bâbâ Khoûzy, et il y a là une caverne qui porte le

même nom.

 

De ce lieu, nous nous rendîmes aux Sept Cavernes, puis à la colline

d’Iskender. Il y a ici la grotte dite d’Alisfahâny, une source d’eau et

un château inhabité, sous lequel se trouve une baie appelée le Lieu de

 

394 Voir t. I, p. 421.

395 Le mot semble être persan. Il s’agit d’une espèce de petite sangsue vivant en

Ceylan, qui ne vole évidemment pas.