A Vant Propos
Anecdote
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
hommes, de leur côté, ont des compagnes qu’ils prennent parmi les
femmes étrangères à leur famille. Il arrive souvent qu’un individu en-
tre chez lui et qu’il trouve sa femme avec son compagnon ; il ne dé-
sapprouve pas cette conduite, et ne s’en formalise pas.
ANECDOTE
J’entrai un jour chez le juge d’Îouâlâten, après qu’il m’en eut don-
né la permission, et, trouvai avec lui une femme très jeune, admira-
blement belle. Alors je doutai, j’hésitai et désirai retourner sur mes
pas ; mais elle se mit à rire de mon embarras, bien loin de rougir de
honte. Le juge me dit : « Pourquoi t’en irais-tu ? Celle-ci est mon
amie. » Je m’étonnai de la conduite de ces deux personnes. Pourtant
cet homme est un légiste, un pèlerin ; j’ai même su qu’il avait deman-
dé au sultan la permission de faire cette année-là le pèlerinage de La
Mecque en compagnie de son amie. Est-ce celle-ci ou une autre ? Je
l’ignore ; mais le souverain ne l’a pas voulu, et il a répondu par la né-
gative.
ANECDOTE ANALOGUE À LA PRÉCÉDENTE
Je me rendis une fois chez Aboû Mohammed Yandecân le Messoû-
fite, celui-là même en compagnie duquel nous étions arrivés à Îouâlâ-
ten. Il était assis sur un tapis, tandis qu’au milieu de la maison il y
avait un lit p404 de repos, surmonté d’un dais, sur lequel était sa
femme, en conversation avec un homme assis à son côté. Je dis à
Aboû Mohammed : « Qui est cette femme ? — C’est mon épouse, ré-
pondit-il. — L’individu qui est avec elle, que lui est-il ? — C’est son
ami. — Est-ce que tu es content d’une telle chose, toi qui as habité nos
pays, et qui connais les préceptes de la loi divine ? — La société des
femmes avec les hommes, dans cette contrée, a lieu pour le bien et
d’une façon convenable, ou en tout bien et en tout honneur : elle
n’inspire aucun soupçon. Nos femmes, d’ailleurs, ne sont point
comme celles de vos pays. » Je fus surpris de sa sottise ; je partis de
chez lui, et n’y retournai plus jamais. Depuis lors, il m’invita, à plu-
sieurs reprises, à l’aller voir, mais je m’en abstins constamment.
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Lorsque je fus décidé à entreprendre le voyage de Mâlli, ville qui
est à la distance de vingt-quatre jours de marche d’Îouâlâten pour ce-
lui qui voyage avec célérité, je louai un guide de la tribu de Messoû-
fah. Il n’y a, en effet, nul besoin de voyager en nombreuse compagnie
sur ce chemin, car il est très sûr. Je me mis en route avec trois de mes
compagnons ; et tout le long du chemin nous trouvâmes de gros arbres
séculaires. Un seul suffit pour donner de l’ombre à toute une cara-
vane. Il y en a qui n’ont ni branches ni feuilles, et, malgré cela, leur
tronc ombrage un homme à merveille 745. Quelques-uns de ces arbres
ont souffert une carie à l’intérieur, par suite de laquelle l’eau de pluie
s’est amassée dans leur creux, et a formé comme un puits, dont l’eau
est bue par les passants. Dans d’autres, la cavité est occupée par des
abeilles et du miel ; les hommes recueillent alors ce dernier. Une fois
je passai devant un de ces arbres cariés, et je vis dans son intérieur un
tisserand ; il avait dressé là son métier, et il tissait : j’en fus bien sur-
pris.
Ibn Djozay ajoute ceci : « Il y a en Andalousie deux arbres du
genre des châtaigniers, dans le creux de p405 chacun desquels se voit
un tisserand qui fabrique des étoffes. Un de ces arbres se trouve au bas
du mont, près de Guadix, et l’autre dans la montagne Alpuxarras 746,
près de Grenade. »
Parmi les arbres de cette sorte de forêt qui se trouve entre Îouâlâten
et Mâlli, il y en a dont les fruits ressemblent aux prunes, aux pommes,
aux pêches et aux abricots ; mais ils sont d’un autre genre. Il y a aussi
des arbres qui donnent un fruit de la forme d’un concombre long ;
lorsqu’il est bon ou mûr, il se fend et met à découvert une substance
ayant l’aspect de la farine ; on la fait cuire, on la mange, et l’on en
vend également dans les marchés. Les indigènes tirent de dessous ce
sol des graines qui ont l’apparence de fèves ; ils les font frire, les
mangent, et leur saveur est comme celle des pois chiches frits 747.
Quelquefois, ils font moudre ces graines pour en fabriquer une espèce
de gâteau rond spongieux, ou beignet, qu’ils font frire avec le ghar-
745 Évidemment des baobabs.
746 Al-Bushshara, la Sierra Nevada entre Grenade et la mer.
747 Il s’agit des voandzous (Voandzeia subterranea), remplacés aujourd’hui par
l’arachide, plante importée du Brésil.
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ti 748 ; on appelle ainsi un fruit pareil à la prune, lequel est très sucré,
mais nuisible aux hommes blancs qui en mangent. On broie ses
noyaux, et l’on en extrait de l’huile, qui sert aux gens de ce pays à
plusieurs usages. Tels sont, entre autres d’être employée pour la cui-
sine ; de fournir à l’éclairage dans les lampes ; d’être utile pour la fri-
ture du gâteau ou beignet dont il a été parlé ci-dessus ; de servir à
leurs onctions du corps ; d’être employée, après son mélange avec une
terre qui se trouve dans cette contrée, à enduire les maisons, comme
on le fait ailleurs au moyen de la chaux. p406
Cette huile est très abondante chez les nègres, et elle est facile à
obtenir. On la transporte de ville en ville, dans de grandes courges ou
calebasses, de la contenance des jarres de nos contrées. Les courges
atteignent, dans le Soûdân, une grosseur énorme, et c’est avec elles
que les habitants font leurs grandes écuelles (et, en général, leur vais-
selle). Ils coupent chaque courge en deux moitiés et en tirent deux
écuelles, qu’ils ornent de jolies sculptures. Quand un nègre voyage, il
se fait suivre par ses esclaves des deux sexes, qui portent, outre ses
lits, les ustensiles pour manger et pour boire, lesquels sont fabriqués
avec des courges.
Le voyageur, dans ces contrées, n’a pas besoin de se charger de
provisions de bouche, de mets, de ducats, ni de drachmes ; il doit por-
ter avec lui des morceaux de sel gemme, des ornements ou colifichets
de verre, que l’on appelle 749 nazhms , et quelques substances aromati-
ques. Parmi ces dernières, les indigènes préfèrent le girofle, la résine-
mastic et le 750 tâçarghant ; celui-ci est leur principal parfum. Lorsque
748 « Il y a un arbre appelé kariti qui a un fruit semblable au limon [citron] et dont
le goût est semblable au fruit du poirier avec à l’intérieur un noyau charnu. On
prend ce noyau qui est tendre, on le broie et on retire une sorte de beurre qui
devient compact comme lui. On en blanchit les maisons, on le brûle dans les
lampes, on en fait du savon. Si l’on veut manger ce corps gras, on le traite au
feu. Le produit obtenu est utilisé comme le beurre » (AL-UMARI, 1348). Il
s’agit du karité (Butyrosporum parkii).
749 Rangée ; donc perles enfilées, colliers. Idrisi les signale en 1154.
750 36. Quelque chose à faire brûler, en berbère. « C’est une plante odoriférante
qu’on trouve sur la côte de l’océan, à l’ouest. Les marchands de Mauritanie
[Maroc] en portent au pays des Noirs où on l’emploie comme un parfum déli-
cat. Il n’y a pas besoin de la brûler car, conservée dans une chambre, elle ré-
pand de toute façon la même odeur » (LÉON L’AFRICAIN). C’est la Corrigiola
telephiifolia.
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le voyageur arrive dans un village, les négresses sortent avec du mil-
let, du lait aigre, des poulets, de la farine de lotus 751, du riz, du foû-
ni 752, qui ressemble aux graines de moutarde, et avec lequel on pré-
pare le 753 754 coscoçoû , ainsi qu’une sorte de bouillie épaisse , en-
p407
fin de la farine de haricots 755. Le voyageur peut leur acheter ce qu’il
désire d’entre toutes ces choses. Il faut pourtant remarquer que le riz
est nuisible aux Blancs qui en font usage ; le foûni est meilleur.
Après avoir voyagé dix jours depuis Îouâlâten, nous arrivâmes au
village de Zâghari 756, qui est grand, et habité par des commerçants
noirs nommés Ouandjarâtah 757. Il y a aussi un certain nombre
d’hommes blancs qui appartiennent à la secte des schismatiques et
hérétiques dits 758 ibâdhites ; ils sont appelés saghanaghoû. Les ortho-
751 Le lotus, ici, est le jujubier, dont les fruits séchés sur l’arbre deviennent fari-
neux.
752 « C’est une sorte de lupin velu que l’on bat sur l’aire et dont on extrait un
grain semblable à celui de la moutarde ou même plus petit et de couleur blan-
che ; une fois lavé, on le broie, on en fait une pâte et on le mange » (AL-
UMARI). Appelé aussi fonio, Digitaria exilis.
753 Évidemment le couscous, semoule de blé.
754 Arida ; bouillie de froment ou d’orge aromatisé.
755 Ce n’est pas le haricot, qui vient de l’Amérique, mais le phasiolus des Grecs et
des Latins, la lubya des Arabes, connu sous le nom de niebé au Soudan.
756 La localisation des points intermédiaires de cet itinéraire dépend de
l’emplacement du point final, Mali, la capitale du royaume du même nom dont
la situation est toujours discutée. Selon l’hypothèse situant Mali dans la région
du haut Niger, Zaghari serait Goumbou, dans le nord de la province de Bama-
ko, au Mali actuel, ou Dia, en aval de Diafarabé sur le Niger. Selon
l’hypothèse plus récente situant la capitale sur la haute Gambie, ce serait le
bourg de Jara, au nord-est de Nioro, sur la frontière mauritano-malienne. Tou-
tefois, en l’état actuel des recherches, il faudrait plutôt s’en tenir à la première
identification, celle de Goumbou. (Voir aussi l’introduction.)
757 Wangara : colporteurs professionnels soudanais et prosélytes de l’islam au-
jourd’hui appelés à l’ouest dyûla, tandis qu’ils sont toujours appelés wangara
au Ghana.
758 Pour les ibadites, voir préface du t. I. L’influence ibadite fut très forte en Afri-
que du Nord aux premiers siècles de l’hégire où des États se fondèrent, no-
tamment celui des Rustamides du Tahert, à l’ouest de l’Algérie. Après la chute
de ces derniers au début du e X siècle, des colonies ibadites persistèrent à Ouar-
gla et ensuite dans le Mzab jusqu’à nos jours. Ce sont notamment ces derniè-
res qui, à travers le commerce transsaharien, diffusèrent l’ibadisme, mais aussi
l’islam, dans le Soudan.
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doxes mâlikites, parmi les Blancs, y sont nommés toûri 759. C’est de
ce village que l’on importe à Îouâlâten l’anli ou millet. p408
Nous partîmes de Zâghari et arrivâmes au grand fleuve, qui est le
Nil ou Niger 760, dans le voisinage duquel se trouve la ville de Câr-
sakhoû 761 762 . Ce fleuve descend d’ici à Câbarah, puis à Zâghah : ces
deux dernières localités ont deux sultans, qui font acte de soumission
au roi de Mâlli. Les habitants de Zâghah ont adopté l’islamisme de-
puis très longtemps ; ils ont une grande piété et beaucoup de zèle pour
l’étude de la science 763.
De Zâghah, le Nil descend à Tonboctoû et à Caoucaou 764, villes
que nous mentionnerons plus tard ; ensuite à Moûli 765, lieu qui fait
partie du pays des Lîmiyyoûn 766 et qui est le dernier district de Mâlli.
Le fleuve descend de Moûli à Yoûfi 767, un des pays les plus
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considérables du Soûdân, et dont le souverain est un des plus grands
759 Ces noms sont encore portés comme des noms de famille dans le Soudan.
Touré, signifiant étranger, et le premier roi du Mali à se convertir ayant em-
brassé l’ibadisme, il est possible que les Saghanogho constituent la première
souche des Blancs à s’installer sur place, suivie plus tard par une seconde,
celle-ci orthodoxe, malikite. Toutefois, après Ibn Battûta, les Saghanogho se-
ront aussi convertis au malikisme.
760 Pendant l’Antiquité et le Moyen Age, le Nil et le Niger étaient considérés
comme un seul fleuve.
761 Peut-être Segou, capitale de la province actuelle du même nom sur le Niger.
762 Kabara serait un des noms de Diafarabé, en aval sur le Niger, dans la province
de Mopti, et Zagha peut-être Dia, en aval de Diafarabé.
763 Le zèle de cette population pour la religion était peut-être lié à la proximité de
la ville de Djenné, située à l’est du Niger, et qui commençait dès cette époque
à s’affirmer comme un centre religieux et commercial.
764 Tombouctou et Gao (voir plus loin pp. 432 et 435).
765 Donc en aval sur le Niger, mais on ne sait pas s’il s’agit d’une ville ou de
l’ethnie des Mouri vivant dans la région du Dosso, au sud de la République du
Niger actuelle.
766 Ou Lamlam ou Yamyam, selon les différents auteurs arabes. « Au sortir de
Kawkaw [Gao], sur les bords du fleuve [Niger], du côté de l’ouest on aboutit
au royaume appelé royaume des Damdam. Ces derniers mangent tout homme
qui leur tombe entre les mains. Ils ont un grand roi. Dans leur pays, il y a une
forteresse extraordinaire sur laquelle est placée une idole en forme de femme.
Les gens vénèrent cette idole » (AL-BAKRI, 1068). Voir aussi t. II, chap. 1, n.
66.
767 Le Yufi correspond pour Ibn Battûta à l’Afrique inconnue, puisqu’il le cite
aussi bien pour désigner les pays situés en aval sur le Niger que ceux qui se
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rois de la contrée. Aucun homme blanc n’entre à Yoûfi ; car les nègres
le tueraient avant qu’il y arrivât.
Le Nil pénètre dans le pays des Nubiens 768, lesquels professent la
religion chrétienne ; ensuite, il arrive à Donkolah, leur ville princi-
pale 769. Le sultan de cette cité, appelé Ibn Kenz eddîn, s’est fait mu-
sulman du temps du roi Nâcir 770.
Le fleuve descend encore à Djénâdil 771 ; c’est là la fin de la
contrée des nègres et le commencement du district d’Oçouân 772, dans
la haute Égypte.
Je vis à Cârsakhoû, dans cet endroit du Nil ou Niger, et près du ri-
vage, un crocodile ressemblant à une petite barque. Un jour, étant des-
cendu vers le Nil pour satisfaire un besoin, voici qu’un nègre arrive et
se tient debout entre moi et le fleuve. Je fus surpris de sa mauvaise
éducation, du peu de pudeur qu’il montrait, et je racontai cela à quel-
qu’un qui me dit : « Il n’a fait cette chose que par crainte que le cro-
codile ne t’attaquât ; il s’est ainsi placé entre toi et l’animal amphi-
bie. »
Nous quittâmes Cârsakhoû et voyageâmes vers la rivière Sansa-
rah 773, qui est à environ dix milles de Mâlli. Il est d’usage que l’on
défende l’entrée de cette ville à quiconque n’en a pas obtenu d’avance
la permission. p410 J’avais déjà écrit à la communauté des hommes
blancs à Mâlli, dont les chefs sont Mohammed, fils d’Alfakîh Aldjo-
zoûly, et Chams eddîn, fils d’Annakouîch Almisry 774, afin qu’ils y
trouvent dans l’arrière-pays de Sofala (voir t. II, chap. 1, n. 68) dans le Mo-
zambique. Historiquement, il correspond probablement au royaume de Nupe,
situé entre le Niger et son affluent la Kaduna au centre-ouest du Nigeria ac-
tuel.
768 Ici on passe du Niger au Nil.
769 La Nubie, c’est-à-dire le nord de la République soudanaise actuelle, fut chré-
tienne, et le royaume de Dongola existait depuis le e VI siècle. Or il fut conquis
en 1317 par des tribus musulmanes et rapidement islamisé.
770 Il s’agit en fait de Kanz al-Dawla, conquérant de Dongola.
771 Les cataractes du Nil.
772 Assouan.
773 Dans l’hypothèse situant Mali sur les bords du Niger, la Sansarah serait le
Sankarani, qui rejoint le Niger au sud de Bamako.
774 Donc un Marocain et un Égyptien.
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louassent une habitation pour moi. Quand je fus arrivé à ladite rivière,
je la traversai dans le bac, et personne ne s’y opposa.
Arrivé à Mâlli, capitale du roi des nègres 775, je descendis près du
cimetière de cette ville, et de là je me rendis dans le quartier occupé
par les hommes blancs. J’allai trouver Mohammed, fils d’Alfakîh ;
j’appris qu’il avait loué pour moi une maison en face de la sienne, et
j’y entrai sans retard. Son gendre ou allié, le jurisconsulte, le lecteur
du Coran, le nommé Abdalouâhid 776, vint me rendre visite, et
m’apporta une bougie et des aliments. Le lendemain, le fils d’Alfakîh
vint me trouver, ainsi que Chams eddîn, fils d’Annakouîch, et ’Aly
Azzoûdy, de Maroc. Ce dernier est un étudiant ou un homme de let-
tres. Je vis le juge de Mâlli, ’Abdarrahmân, qui vint chez moi ; c’est
un nègre, un pèlerin, un homme de mérite et orné de nobles qualités ;
il m’envoya une vache pour son repas d’hospitalité. Je vis aussi le
drogman Doûghâ, un des hommes distingués parmi les p411 nègres, et
un de leurs principaux personnages ; il me fit tenir un bœuf. Le juris-
consulte ’Abd Alouâhid me fit présent de deux grands sacs de foûni et
d’une gourde remplie de 777 gharti ; le fils d’Alfakîh me donna du riz
et du foûni ; Chams eddîn m’envoya aussi un festin d’hospitalité. En
somme, ils me fournirent tout ce qui m’était nécessaire, et de la façon
la plus parfaite. Que Dieu les récompense pour leurs belles actions !
Le fils d’Alfakîh était marié avec la fille de l’oncle paternel du sultan,
775 « La ville de Niani [?] est étendue en long comme en large en longueur elle
atteint environ un berid [23 km] et autant de largeur. Elle n’est point entourée
par un mur d’enceinte et ses habitations sont, en général, isolées. Le roi a un
ensemble de palais qu’entoure un mur circulaire. Une branche du Nil encercle
cette ville sur ses quatre faces ; sur l’une d’elles, il y a un gué que l’on peut
passer à pied quand les eaux sont basses ; ailleurs, on ne traverse qu’en bateau.
Les habitations de cette ville sont construites en couches d’argile. [...] Les pla-
fonds sont faits de poutres et de roseaux. [...] Les habitants boivent l’eau du
Nil et celle des puits qu’ils ont creusés. Toute cette contrée est couverte de
verdure et montagneuse » (AL-UMARI, 1348). D’après la transcription, dou-
teuse, « Niani » la ville avait été identifiée avec le village du même nom sur la
Sankarani à la frontière guinéo-malienne. Or des fouilles effectuées en 1965
n’ont pas été concluantes et une nouvelle localisation a été proposée sur la
haute Gambie en territoire guinéen (voir aussi introduction).
776 Il s’agirait d’Abd al-Wahid Maqqari, descendant d’une famille de commer-
çants établis à Walata au e XIII siècle et s’occupant du commerce transsaharien
entre Tlemcen et le Mali (voir introduction).
777 Voir respectivement plus haut n. 34 et 38.