A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 38 sur 166

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A Vant Propos

De mon départ pour le campement du souverain

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

DE MON DÉPART POUR LE CAMPEMENT DU SOUVERAIN

 

Lorsque le sultan se dirigea vers la contrée de Ma’bar, il arriva à

Tiling, et l’épidémie se déclara dans son armée. Il retourna à Daoulet

Abâd, puis atteignit le fleuve Gange, descendit près de celui-ci, et or-

donna à p144 ses gens de se bâtir des habitations solides dans cet en-

droit. Ce fut dans ce temps-là que je me rendis à son camp, et

qu’arriva ce que nous avons exposé touchant la révolte d’Aïn al-

molc 131, Je ne quittai point le souverain pendant tout cet intervalle ; je

reçus de lui ma part de chevaux de race, quand il les distribua à ses

courtisans ; je fus mis par lui au nombre de ces derniers ; j’assistai

avec le monarque au combat contre ’Aïn almolc et à la prise de ce re-

belle. Enfin je passai, en compagnie du sultan, le Gange ainsi que le

fleuve Serou, pour visiter le tombeau du pieux guerrier Sâlâr ’Oûd,

comme il a été déjà dit en détail. Quand le souverain retourna à sa ca-

pitale, Dihly, j’y entrai avec lui.

 

DU CHÂTIMENT QUE LE SULTAN VOULAIT M’INFLIGER, ET DE LA GRÂCE

QUE LE DIEU TRÈS HAUT M’A ACCORDÉE

 

La cause de la colère du sultan contre moi fut que j’allai un jour

pour visiter le cheïkh Chihâb eddîn, fils du cheïkh Aldjâm, dans la

grotte qu’il avait creusée hors de Dihly 132. Je n’avais d’autre but que

la vue de cette caverne ; mais, lorsque le souverain eut emprisonné ce

cheïkh, il demanda à ses fils de lui faire connaître les gens qui

l’avaient visité. Ceux-ci nommèrent plusieurs personnes, au nombre

desquelles j’étais. Le sultan ordonna alors à quatre de ses esclaves de

ne plus me quitter jamais dans le lieu des audiences ; et, d’habitude,

quand il agit ainsi envers quelque personnage, il est bien rare que ce

dernier puisse se sauver. Le premier jour que ces esclaves me gar-

daient à vue était un vendredi ; le Dieu très haut m’inspira de réciter

ses paroles : « Dieu nous suffit, et quel protecteur excellent 133. Je ré-

pétai la phrase, dans cette même journée, p145 trente-trois mille fois, et

je passai la nuit dans l’endroit des audiences. Je jeûnai cinq jours de

 

131 Voir plus haut pp. 85 et s. Ce voyage doit dater de la première moitié de 1337.

132 Pour l’histoire de ce personnage, voir t. II, pp. 450 et s.

133 Coran, III, 167.