A Vant Propos
Anecdote
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
ANECDOTE
Le sultan Mensa Soleïmân reçut une fois la visite d’une troupe de
nègres anthropophages, accompagnés par un de leurs commandants.
Ils ont l’habitude de mettre à leurs oreilles de grandes boucles, dont le
diamètre est d’un demi-empan. Ils s’enveloppent le corps avec des
manteaux de soie, et dans leur pays se trouve une mine d’or. Le sultan
les honora et leur donna une servante, comme cadeau d’hospitalité.
Ces nègres l’égorgèrent et la mangèrent ; ils se souillèrent la figure,
ainsi que les mains, de son sang, et ils se présentèrent devant le souve-
rain pour le remercier. J’ai su que toutes les fois qu’ils se rendent chez
lui ils agissent de cette manière. On m’a dit aussi que ces anthropo-
phages prétendent que les meilleurs morceaux des chairs des femmes
sont les mains et les seins.
Nous partîmes de ce bourg situé près du canal, et arrivâmes ensuite
à la ville de Kori Mensa 812. Ce fut ici que mourut le chameau qui me
servait de monture, et quand son gardien m’informa de cet accident je
sortis pour voir la bête. Je trouvai que les nègres l’avaient déjà man-
gée, suivant leur coutume d’avaler les charognes. Or j’expédiai deux
garçons que j’avais pris à mon service, afin qu’ils m’achetassent un
autre chameau à Zâghari 813, localité qui se trouvait à la distance de
deux jours de marche. Quelques compagnons d’Aboû Becr, fils de
Ya’koûb, restèrent avec moi, tandis qu’il était parti pour nous attendre
à Mîmah. Je passai donc six jours à Kori Mensa, durant lesquels je
reçus l’hospitalité de plusieurs habitants qui avaient fait le pèlerinage
de La Mecque ; puis arrivèrent les deux garçons avec le chameau. p431
ANECDOTE
Pendant ma demeure à Kori Mensa, je rêvai une nuit qu’un indivi-
du me disait : « Ô Mohammed, fils de Bathoûthah ! pourquoi ne lis-tu
point tous les jours la 814 soûrah Yâ Sin ? » Depuis lors, je n’ai jamais
812 Il faudrait plutôt lire les villages (qura) du Mansa (le souverain).
813 Voir plus haut, n. 42.
814 La sourate XXXVI, qui est aussi la prière des agonisants.