A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 76 sur 166

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A Vant Propos

Des femmes des Maldives

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

DES FEMMES DES MALDIVES

 

Les femmes de ces îles ne se couvrent pas la tête ; leur souveraine

elle-même ne le fait pas. Elles se peignent les cheveux et les rassem-

blent d’un seul côté 327. La plupart d’entre elles ne revêtent qu’un pa-

gne, qui les couvre depuis le nombril jusqu’à terre ; le reste de leur

corps demeure à découvert. C’est dans ce costume qu’elles se promè-

nent dans les marchés et ailleurs. Lorsque je fus investi de la dignité

de kâdhi dans ces îles, je fis des efforts pour mettre fin à cette cou-

tume et ordonner aux femmes de se vêtir ; mais je ne pus y réussir.

Aucune femme n’était admise près de moi pour une contestation, à

moins qu’elle n’eût tout le corps couvert ; mais, à cela près, je

n’obtins aucun pouvoir sur cet usage. Quelques femmes revêtent, ou-

tre le pagne, des chemises qui ont les manches courtes et larges.

J’avais de jeunes esclaves dont l’habillement était le même que celui

des habitantes de Dihly. Elles se couvraient la tête ; mais p229 cela les

défigurait plutôt que de les embellir, puisqu’elles n’y étaient pas habi-

tuées.

 

La parure des femmes des Maldives consiste en bracelets ; chacune

en place un certain nombre à ces deux bras, de sorte que tout l’espace

compris entre le poignet et le coude en est couvert. Ces bijoux sont

d’argent ; les femmes seules du sultan et de ses proches portent des

bracelets d’or. Les habitantes des Maldives ont des khalkhâls, que l’on

 

monnaie nègre. [...] Auparavant, douze mille mesures de ces cauris achetaient

un cargo de cinq ou six cent nègres ; mais ces temps avantageux ne sont plus

et les nègres maintenant mettent un tel prix à leurs compatriotes qu’il n’est

plus possible d’avoir un cargo à moins de douze ou quatorze tonnes de cauris.

[...] Le principal marché européen pour ces coquillages est Amsterdam où se

trouvent de vastes entrepôts. Les marchands français et anglais s’y approvi-

sionnent et les envoient en Afrique » (Un voyage à l’île de Ceylan par un gen-

tilhomme hollandais, 1754). Moyen d’échange donc « aux nègres » et « de nè-

gres ».

326 Voir plus loin pp. 411 et suiv.

327 « En ce qui concerne les hommes, il est uniquement permis [...] aux soldats,

officiers du roi et aux nobles de porter des cheveux longs, et ils les portent

pour la plupart aussi longs que les femmes. Ils se donnent autant de peine que

les femmes à les laver, nettoyer, huiler et les parfumer avec des fleurs ; et la

seule différence est que les hommes les nouent sur le côté ou sur le sommet de

leur tête et non derrière comme les femmes » (PYRARD).

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

appelle 328 baïls , et des colliers d’or qu’elles mettent à leur gorge, et

que l’on nomme besdereds. Une de leurs actions singulières consiste à

s’engager comme servantes dans les maisons, moyennant une somme

déterminée, qui ne dépasse pas cinq pièces d’or 329. Leur entretien est

à la charge de celui qui les prend à gage. Elles ne regardent pas cela

comme un déshonneur, et la plupart des filles des habitants en usent

ainsi. Tu trouveras dans la demeure d’un homme riche dix et vingt

d’entre elles. Le prix de tous les vases qu’une de ces servantes casse

demeure à sa charge. Lorsqu’elle veut passer d’une maison dans une

autre, les maîtres de celle-ci lui donnent la somme dont elle est rede-

vable ; elle la remet aux gens de la maison dont elle sort, et cette

créance sur elle demeure aux autres (c’est-à-dire à ses nouveaux maî-

tres). La principale occupation de ces femmes à gage, c’est de filer le

kanbar 330.

 

Il est facile de se marier dans ces îles, à cause de la modicité de la

dot, ainsi qu’à raison de l’agrément qu’y présente le commerce des

femmes. La plupart des hommes ne parlent pas d’un don nuptial ; on

se contente de prononcer la profession de foi musulmane, et un don

p230 nuptial conforme à la loi est donné. Quand il arrive des vaisseaux,

les gens de l’équipage prennent femme, et, lorsqu’ils veulent partir, ils

la répudient ; c’est une sorte de mariage temporaire 331. Les femmes

des Maldives ne sortent jamais de leur pays. Je n’ai pas vu dans

l’univers de femmes d’un commerce plus agréable. Chez les insulai-

res, l’épouse ne confie à personne le soin de servir son mari ; c’est elle

qui lui apporte des aliments, qui dessert après qu’il a mangé, qui lui

lave les mains, qui lui offre de l’eau pour les ablutions, et qui lui cou-

vre les pieds quand il veut dormir. Une de leurs coutumes, c’est que la

femme ne mange pas avec son mari, et que l’homme ne sache pas ce

que mange son épouse. J’ai épousé, dans ce pays, plusieurs femmes ;

 

328 Les khalkhals sont des anneaux placés à la cheville ; ils sont appelés au-

jourd’hui dans les Maldives takaholis.

329 « Les débiteurs sont obligés, s’ils n’ont pas les moyens de s’acquitter de leur

dette, d’accepter une servitude, non comme esclaves, ni traités comme tels

[...]. Ils servent uniquement leurs créanciers ou ceux qui ont déboursé pour

eux [...] et cela jusqu’à ce qu’ils soient acquittés, sinon leurs enfants conti-

nuent de la même façon » (PYRARD).

330 Voir plus haut p. 228.

331 Mu’ta, ou contrat de mariage temporaire reconnu par l’islam.