A Vant Propos
De l’hospitalité reçue et de son repas
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
L’usage est que celui à qui l’on présente ces objets prenne le plat
d’une main, qu’il le place sur son épaule et qu’il incline l’autre main
jusqu’à terre. Le vizir saisit le plat dans sa main, dans le but de me
montrer comment je devais faire ; cela fut une preuve de complai-
sance, de modestie et de bonté de sa part. Que Dieu l’en récompense !
Je fis comme lui. Nous nous dirigeâmes enfin vers la maison qu’on
avait préparée pour nous loger, dans la ville de Dihly, et près de De-
rouâzeh Bâlem, la porte de Bâlem ou Pâlem 81. On nous y envoya tout
ce qui se rattache à la réception d’un hôte.
DE L’HOSPITALITÉ REÇUE ET DE SON REPAS
Lorsque j’arrivai à la maison préparée pour moi, j’y trouvai tout ce
qui était nécessaire, en coussins, tapis, nattes, ustensiles et lit pour
dormir. Les lits, dans l’Inde, sont très légers, un seul homme en porte
un, et p108 chaque voyageur doit avoir son lit avec soi, que son esclave
charge sur sa tête. Il consiste en quatre pieds coniques, sur lesquels on
pose quatre bâtons ; entre ceux-ci on a tissé une sorte de filet en soie
ou en coton, Quand une personne s’y couche, elle n’a pas besoin
d’autre chose pour le rendre souple, étant assez moelleux de sa nature.
Je reçus, en outre, deux courtes-pointes, deux oreillers et une grande
couverture ouatée, le tout en soie. Les indiens font des housses blan-
ches en lin ou en coton pour recouvrir les courtes-pointes et les cou-
vertures ; toutes les fois que ces doublures sont sales, ils les lavent, et
ce qui est dans l’intérieur reste garanti. La première nuit, on nous
amena deux individus dont l’un était le meunier, que ces gens appel-
lent alkharrâs ; l’autre était le boucher, qu’ils nomment alkassâb, et
l’on nous dit : « Prenez de celui-ci tant et tant de farine, et de cet autre
tant et tant de viande. » Il s’agit de poids, que je ne saurais mentionner
dans ce moment. L’usage de ces peuples est de fournir la même quan-
tité en poids de viande et de farine ; et tout ce que nous venons de dire
formait le repas de l’hospitalité, qui nous était offert par la mère du
sultan. Puis nous arriva celui offert au nom du sultan, comme nous le
raconterons.
81 Voir t. II, chap. 5, n. 89.