A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 108 sur 166

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A Vant Propos

3. L’Asie du Sud-Est et la Chine

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

3. L’Asie du Sud-Est et la Chine

 

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Nous quittâmes ce peuple, et après un trajet de vingt-cinq jours,

nous arrivâmes à l’île de Djâouah 455, qui donne son nom à l’encens

djâouy 456 , ou au benjoin . A la distance d’une demi-journée de che-

min, nous l’aperçûmes déjà ; elle est verdoyante, belle, et la plus

grande partie de ses arbres ce sont des cocotiers 457, des arecs, des gi-

rofliers, des aloès indiens 458 459 , le cheky, le berky , le manguier, le

djambou 460 461 , l’oranger aux doux fruits et le roseau du camphre .

p295

 

455 Java la Mineure de Marco Polo, qui est en fait Sumatra. Ibn Battûta a dû abor-

der cette île vers la fin du mois de janvier 1346.

456 Résine obtenue des entailles faites à un arbuste (Styrax benzoin) originaire de

Sumatra (voir plus loin p. 303).

457 « Ce dont les Sumatranois font le plus de cas dans ce végétal, c’est la pulpe de

la noix, dont la consommation est prodigieuse, étant un des principaux ingré-

dients de tous les plats » (William MARSDEN, Histoire de Sumatra).

458 Pour les girofliers, voir plus loin p. 305 ; pour l’aloès également plus loin p.

304 et chap. 2, n. 243.

459 « Il y a un autre arbre merveilleux appelé Chakubaruhe, aussi grand qu’un

chêne. Son fruit est issu du tronc et non des branches, et c’est quelque chose

d’extraordinaire de le voir aussi grand qu’un gros agneau ou un enfant de trois

ans, il possède une écorce dure comme celle de nos pommes de pin ; ainsi il

faut l’ouvrir avec une hache ; dedans il y a une chair qui surpasse en goût le

plus doux des miels et les meilleurs melons d’Italie ; il contient également près

de cinq cents châtaignes du même goût qui sont à manger grillées » (Giovani

DE M e ARIGNOLI, XV siècle). Il s’agirait de la description fidèle de l’arbre à

pain et de son fruit.

460 Il en existe plusieurs sortes ; le Djambu mera (Eugenia malaccensis), dont le

fruit « a la forme d’une poire ou d’un cône. La peau, qui est très délicate, est

d’un beau rouge et l’intérieur parfaitement blanc. [...] Il a le parfum et un peu

le goût de la rose » ; le Djambu d’eau rose (Eugenia djambu) : « Rien n’est

plus agréable à la vue que les fleurs de cet arbre, dont les nombreuses étami-

nes sont d’un rouge éclatant » le Djambu ayer, qui « est un fruit délicat et fort

beau, étant d’une couleur mélangée de blanc et de rouge » (MARSDEN).

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

La vente et l’achat, chez cette population, se font au moyen de mor-

ceaux d’étain et de l’or chinois natif, et non fondu. La plupart des es-

pèces odorantes ou des parfums qui se trouvent dans cette île sont

dans la partie occupée par les infidèles. Chez les musulmans, on en

rencontre bien moins.

 

Quand nous fûmes arrivés en rade, les habitants de l’île, montés sur

de petites embarcations, vinrent nous trouver. Ils portaient des noix de

coco, des bananes, des mangues et des poissons. C’est leur habitude

d’en faire cadeau aux marchands, et chacun de ceux-ci les récompense

suivant ses moyens. Le vice-amiral se rendit aussi à bord de notre na-

vire ; il examina les marchands qui étaient avec nous, et nous permit

de prendre terre. Nous descendîmes donc vers le bender, ou port, qui

est un gros bourg sur le rivage de la mer, et où se trouvent des mai-

sons ; on l’appelle Sarha, et il est à quatre milles de la ville [de Suma-

tra] 462. Bohroûz, le vice-amiral, écrivit au sultan, et l’informa de mon

arrivée. Alors celui-ci donna l’ordre à l’émir Daouléçah de s’avancer

à ma rencontre, accompagné du noble kâdhi, Emir sayyid de Chîrâz,

de Tâdj eddîn, d’Ispahân, et d’autres p296 jurisconsultes. Ils sortirent en

effet, et amenèrent pour moi un cheval d’entre les propres montures

du sultan, ainsi que d’autres chevaux. Je montai à cheval, et mes com-

pagnons en firent autant. Nous fîmes ainsi notre entrée dans la capi-

tale, c’est-à-dire dans la ville de Somothrah ou Sumatra. Elle est belle

et grande, pourvue d’une enceinte de bois, et de tours également en

bois.

 

461 Voir plus loin p. 303.

462 Samudra, l’ancienne capitale du royaume de Samudra Pasei, ainsi que son

port, posent des problèmes de localisation. Les premiers colons musulmans se-

raient installés vers la fin du e XIII siècle à Samalanga et ensuite à Bireuen sur

la côte nord de l’île, avant de se déplacer plus à l’est pour se fixer dans

l’estuaire et en amont de la rivière Peusangan où la première Samudra semble

avoir été créée. D’après la Chronique des rois de Pasei, un raid javanais aurait

causé, après 1326, le déplacement de la capitale vers l’est, sur la rivière Pasei

qui se jette à la mer à l’est de Lhokseumawe. C’est sur cette rivière où on

trouve aujourd’hui un village du même nom et des vieux tombeaux musul-

mans qu’Ibn Battûta a dû trouver Samudra, le port étant situé à l’estuaire.

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan