En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois

Faites-en moins pour le faire mieux

 

Faisons du pouce sur la suggestion précédente: ralentir notre cadence aidera notre système nerveux sympathique à décélérer le soir. En prime, s’imposer une moins grande liste de tâches améliorera nos chances que toute action entreprise soit effectuée de manière efficace et avec une plus grande qualité de présence.

La proportion de gens souffrant d’épuisement est en croissance alarmante, que l’on parle de burnout professionnel, d’épuisement parental ou de surcharge psychologique. Comme nous l’avons abordé précédemment (voir le chapitre Évitez de vous étourdir au point de vous épuiser, à la page 139), ces formes d’épuisement mènent non seulement à la fatigue physique et psychologique, mais également à une forme de désengagement à l’égard de nos occupations, à une baisse de motivation et à une diminution de l’efficacité générale. Certaines personnes ressentent un brouillard mental, une baisse d’intérêt et un effritement de leur créativité, ainsi que des difficultés de sommeil. Elles peuvent devenir plus sensibles, tristes ou irritables. Puisqu’une cadence trop rapide et surchargée mène à ces conditions, posons-nous la question: vivons-nous au bon rythme? Et à ce rythme, sommes-nous en mesure d’incarner une version satisfaisante de nous-mêmes? Offrons-nous le meilleur de nous-mêmes dans notre emploi et à nos proches? Nous imposons-nous trop de tâches et d’exigences pour le temps qui est à notre disposition? Pourrions-nous mieux répartir notre temps selon les différentes sphères de vie qui contribuent à notre équilibre et à notre bien-être?

 

Travailler moins longtemps… et en faire plus?

Nous avons naturellement l’impression qu’en nous accordant beaucoup de temps pour accomplir des tâches, nous en accomplirons un plus grand nombre. Si nous étions des équations mathématiques ambulantes, cette hypothèse serait véridique. Toutefois, nous démarrons tous chaque journée avec des réserves énergétiques et des ressources d’autorégulation limitées. Chaque matin, ces réserves et ces ressources sont à leur apogée, mais peuvent déjà avoir été grugées par une mauvaise nuit de sommeil. De plus, au fil de la journée, ces réserves diminuent. Ainsi, notre rendement varie en fonction de la disponibilité de ces ressources.

Paradoxalement, c’est en travaillant à l’intérieur d’une fenêtre de temps plus restreinte que nous sommes plus productifs, et ce, pour plusieurs raisons. Premièrement, lorsque le temps consacré à certaines occupations (emploi, étude, ménage, projet, etc.) est restreint, nous sommes plus efficaces pour prioriser les tâches importantes. Puisque le temps dévoué à la tâche s’écoule plus rapidement, nous sommes moins portés à procrastiner. Ceci rappelle la loi de Parkinson (aucune référence ici à la maladie dégénérative qui partage ce nom) qui stipule que tout travail tend à

s’étendre jusqu’à occuper la totalité du temps qui lui est alloué112. Isaac Asimov décrit humoristiquement ce phénomène de la façon suivante: «En dix heures par jour, on a le temps de prendre deux fois plus de retard sur son travail qu’en cinq heures par jour.» Vous reconnaissez-vous dans ce phénomène?

Deuxièmement, disposer d’une plus grande quantité de temps libre en laisse davantage pour nous reposer ou nous adonner à diverses activités qui contribuent à notre équilibre de vie. Conséquemment, notre niveau d’énergie et nos capacités attentionnelles sont bien souvent supérieurs comparativement aux moments où nous nous imposons de trop longues heures de travail. Nous avons l’occasion de nous régénérer sur le plan de nos ressources et de notre vitalité. Nous avons le temps de prendre soin de nous et de notre santé, ce qui réduit l’absentéisme et le présentéisme (soit être présent, mais peu efficace) au travail. Naturellement, ce n’est un secret pour personne, l’épuisement au travail réduit notre productivité.

Autre avantage à resserrer les heures allouées à une tâche? Cela permet de cibler les moments où la performance est optimale. Cette fenêtre de temps varie d’une personne à l’autre. Certains sont plus alertes, créatifs et productifs en avant-midi, d’autres, en après-midi, et d’autres encore, le soir ou même la nuit.

Plusieurs entreprises ont commencé à instaurer des semaines de travail écourtées (par exemple, des semaines de quatre jours, des journées de six heures, une semaine de 30 heures). On a découvert qu’une réduction des heures de travail d’aussi peu que 2,5 heures par semaine contribue à une

amélioration significative de la productivité et du moral des employés 113.

Pour ma part, ralentir le rythme et réduire les obligations représente une mission monumentale que je me suis fixée il y a quelques années tant par choix que par la force des choses. Je révise constamment mon horaire et mes tâches pour optimiser ma capacité de mener mes projets et d’offrir une qualité de présence à mes clients, à ma famille, à mon conjoint et à moi-même. J’apprends à renoncer à certaines propositions qui semblent intéressantes, mais qui se manifestent à un moment inopportun. Cela m’aide de me rappeler que je renonce à ceux-ci «pour l’instant»; je reste donc ouverte à l’idée d’accepter ce type de propositions dans un avenir indéterminé, lorsque les circonstances s’y prêteront mieux. Je n’ai pas à tout réaliser tout de suite et en même temps. Je me suis libérée de certaines responsabilités et de biens matériels qui me coinçaient dans l’obligation de travailler toujours plus. Bizarrement, je ne me sens pas moins productive. Au contraire, puisque mes énergies sont moins diluées ou éparpillées, je parviens généralement à être très efficace, plus inspirée et plus créative dans les tâches auxquelles je me dévoue. Je cadre mon temps pour optimiser mes ressources personnelles et pour m’assurer d’être ininterrompue lorsque je me consacre à une tâche. Nous perdons beaucoup plus de temps que nous le croyons à gérer les sollicitations qui proviennent de multiples sources. Une fois distrait, notre cerveau perd de l’énergie à se recentrer sur la tâche en cours.

Le «ménage» que j’ai fait pour y arriver me permet d’être davantage centrée sur des activités «nourrissantes» qui, par le fait même, me comblent plus que lorsque je travaillais le double d’heures. Je travaille moins dans le vide. Je considère que prendre soin de moi fait partie intégrante de mon travail. Ce faisant, j’ai remarqué que la transition s’opère mieux entre la journée de travail et les moments de repos. Je décroche plus facilement. Mes interactions avec les gens sont de meilleure qualité. Je ne vis plus ma vie en étant à bout de souffle, surmenée et suractivée.

OceanofPDF.com