En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois

Incarner sainement les vertus de la modération dans ses divers rôles

Cette anecdote sur la modération peut très bien s’appliquer à tout rôle que vous exercez qui s’accompagne de critères élevés de performance. Cela s’applique à tout contexte dans lequel vous vous imposez une pression à correspondre à des standards de vie inflexibles. Que vous empêchez-vous de faire dans le but de vous sentir plus crédible dans votre profession? Pour avoir l’impression d’être une bonne mère, un bon père, un bon fils ou une bonne fille? Vous permettez-vous d’être modéré dans la modération, et de déroger parfois de la ligne de conduite qui vous guide de manière générale? Avez-vous cette souplesse? Serait-il envisageable de viser le «suffisamment bon» plutôt que la perfection? Cela ne fait pas de vous une moins bonne personne.

Dans Arrêtez de vous priver!, le professeur David Khayat soutient que «notre véritable ennemi n’est pas l’excès, mais sa fréquence». Il suggère de nous déculpabiliser, particulièrement après un dérapage, puisque «c’est à ce moment précis que notre prise de conscience s’éclaire et que nous pouvons

comprendre la régulation de nos excès108». La culpabilité ne ferait qu’hypothéquer nos chances de nous réorienter vers nos idéaux et vers un mode de vie sain, puisqu’elle engendre de la frustration, des remords et de la dévalorisation. Ce cocktail d’états aversifs sape notre volonté et nous incite à renoncer à nos objectifs en matière d’équilibre et de santé («J’ai dérogé à mon but, pourquoi continuer?»). Il nous rend même sujets à l’autodestruction («Aussi bien continuer à m’empiffrer, ma journée est déjà gâchée!»).

Est-ce que la culpabilité ne serait pas d’ailleurs à la source de l’abandon prématuré des résolutions de la nouvelle année, lesquelles disparaissent dans le bassin des supposés «échecs»? Après avoir dérogé momentanément de nos résolutions, nous les délaissons en tentant de nous convaincre que nous nous reprendrons l’an prochain… et le pattern se reproduit, à moins de réduire cette fameuse épine handicapante qu’est la culpabilité. «Un jour, nous sommes pleins de bonnes résolutions, le lendemain nous jetons l’éponge. À ce jeu de va-et-vient, notre confiance, notre détermination,

notre volonté s’épuisent et nous épuisent109.»

En comparaison à tous ces idéaux exigeants et rigides, je considère que la bienveillance, la flexibilité et l’indulgence ont bien meilleur goût.

OceanofPDF.com