En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois
Notre réalité est déformée par des filtres
Et s’il prenait le temps de nommer ses doutes et de vérifier ses impressions auprès de ses amis? Et si d’autres raisons expliquaient leur distanciation? Peut-être étaient-ils simplement plus occupés qu’avant? Préoccupés par divers problèmes? Trop en détresse pour socialiser? Il adoptait depuis longtemps le rôle de rassembleur. Avait-il créé un précédent qui contribuait à une certaine passivité de la part de ses amis? S’étaient-ils habitués à ce que ce soit lui qui prenne les devants? Que dire de la possibilité que ses amis s’interrogeaient eux-mêmes au sujet de la distance que prenait Guillaume en n’amorçant plus les communications? Peut-être se sentaient-ils, eux aussi, rejetés, craintifs de l’avoir blessé et tourmentés par les doutes?
Notre réalité est déformée par des filtres Nos programmations automatiques tendent à nous convaincre que notre perception est un reflet de la réalité. Or, la réalité se retrouve fréquemment déformée par des filtres cognitifs qui ont été façonnés par nos peurs et nos blessures passées. Ces filtres teintent notre manière d’interpréter les événements. En faisant abstraction de l’existence de ces filtres, nous oublions l’importance de valider nos impressions auprès des autres. Lorsqu’elles sont négatives et sombres, nous nous engouffrons dans une mer tourmentée.
Au cours des rendez-vous suivants, j’ai interrogé Guillaume sur l’évolution de la situation. J’ai constaté que nos discussions l’avaient aidé à interpréter autrement l’attitude de ses amis. Il était devenu évident à ses yeux que chacun vivait sa vie et pouvait prendre ses distances pour différentes raisons. Après leur avoir fait part de ses pensées, un des deux collègues lui a expliqué qu’il avait été mobilisé par sa famille et par un projet de rénovation. L’autre ne s’était pas rendu compte de cette distance. Les moments passés ensemble par la suite ont confirmé que ses amitiés étaient intactes. Il n’avait pas à s’en préoccuper. Depuis, Guillaume tâche de recadrer sa peur du rejet lorsque celle-ci s’active. Il a en tête que si quelqu’un a quelque chose à lui reprocher, c’est à cette personne de lui en parler. Autrement, quand il se ronge l’esprit avec une série de questions, il peut toujours prendre le temps de vérifier si ses inquiétudes sont fondées.
Même si je suis très consciente de l’existence des filtres qui teintent nos interprétations, et en dépit d’années d’études en psychologie, je n’en suis pas toujours protégée. Confirmer la véracité de mes impressions est un réflexe que je continue à ce jour à développer. Il m’arrive aussi d’interpréter faussement les réactions des autres, d’oublier de mettre mes impressions en doute. En parlant de ce que je ressens aux personnes concernées, je constate régulièrement que mes appréhensions détonnent avec la réalité. Ceci rehausse ma motivation à aller vers les autres pour vérifier si mes impressions sont justes. D’autant plus que le fait d’approcher l’autre pour clarifier une situation permet de résorber les conflits potentiels qui demeurent autrement latents. Malheureusement, rares sont les gens qui ont appris l’art de vérifier leurs perceptions durant l’enfance ou à l’école. C’est donc une aptitude que je vous invite à mettre en œuvre dès maintenant.
Dans le doute, vérifiez!
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