En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois

De là mon intérêt à étudier le sujet

Cette expérience m’a incitée à étudier les liens entre l’activité physique et la santé mentale. Au doctorat, j’ai eu la chance de rencontrer un directeur de recherche qui était enthousiasmé par cette idée. Avec des chercheurs de l’Université Laval, où j’étudiais, et de l’Université d’Ottawa, nous avons

mené un essai randomisé contrôlé 29 visant à évaluer les bienfaits de l’activité physique pour le traitement de la dépression, en comparaison à une intervention d’activation comportementale traditionnelle (l’activation comportementale est généralement une des premières étapes de la thérapie cognitivo-comportementale [TCC] pour la dépression).

Les résultats furent fascinants. Pour réduire les symptômes dépressifs, l’intervention centrée sur l’activité physique s’est révélée considérablement plus efficace que la non-intervention auprès du groupe contrôle (les participants étaient inscrits sur une liste d’attente) et tout aussi efficace que l’intervention d’activation comportementale de la TCC offerte aux participants du groupe comparatif. La condition d’activation comportementale incluait une composante de psychoéducation et un livre d’autotraitement, ainsi que des objectifs de réactivation très variés autres que l’activité physique (activités sociales, loisirs, tâches, etc.). En raison du fait qu’elle ciblait plusieurs dimensions de vie, on se serait attendu à ce qu’elle soit plus efficace qu’une simple intervention axée sur l’activité physique. Or, il n’en fut rien.

Dans les deux conditions (activité physique et activation comportementale), des améliorations significatives ont été observées sur les plans du sentiment d’auto-efficacité, du degré de satisfaction à l’égard de la vie, de l’humeur et du sentiment de solitude. De plus, dans les deux groupes, les gains thérapeutiques se sont maintenus de façon similaire au-delà de deux mois subséquents à la fin de l’intervention.

Autre fait intéressant: bien que nous ayons encouragé les participants du groupe d’activité physique à s’activer en effectuant seulement des exercices physiques, ils ont d’eux-mêmes graduellement augmenté leur implication dans d’autres sphères de leur vie après la fin de l’intervention. Ce résultat corroborait mon expérience personnelle: s’engager graduellement à participer à des objectifs en matière d’activité physique augmente la vitalité et la motivation, de sorte que cela suscite l’envie de reprendre un rythme de

vie plus actif et équilibré dans d’autres domaines 30,31.

Plusieurs études additionnelles ont démontré les bienfaits de l’activité

physique dans le cadre de traitements contre la dépression32. Il est aussi bien établi que l’activité physique peut prévenir la dépression. Une méta-analyse d’envergure qui cumule les résultats de 15 études, pour un total de 191 130 participants, a donné des résultats fort convaincants: le risque de souffrir de dépression chez les adultes qui atteignent le volume d’activité physique recommandé par la santé publique serait réduit de 25% comparativement aux adultes sédentaires (à noter que l’Organisation mondiale de la santé recommande de 150 à 300 minutes d’activité d’intensité modérée, ou de 75 à 150 minutes d’activité d’intensité vigoureuse, par semaine). Les chercheurs en ont conclu également qu’une dose d’activité physique moindre serait malgré tout utile en matière de prévention. Être physiquement actif de manière à correspondre à la moitié de la recommandation de l’OMS diminuerait tout de même le risque de

souffrir d’une dépression de 15%33.

Je parle ici de la dépression, mais j’ai aussi étudié les bienfaits de l’activité physique sur la santé mentale en général pendant plusieurs années, sans en épuiser le sujet. Je pourrais donc vous en parler encore très longuement et selon divers angles. Mais ce que je souhaite principalement vous transmettre, c’est que la littérature scientifique est riche d’études qui démontrent l’efficacité des interventions axées sur l’activité physique pour prévenir les désordres psychologiques et diminuer les symptômes liés aux troubles anxieux, à l’insomnie, à l’irritabilité, au trouble de stress post-traumatique, aux troubles addictifs et de consommation (alcool, drogues, tabac, achats compulsifs, etc.), aux troubles alimentaires et même aux

troubles psychotiques34,35,36,37.

Pratiquée régulièrement, l’activité physique améliore la résilience au stress, augmente le niveau d’énergie, rehausse l’estime de soi et favorise les sentiments de fierté, de satisfaction et de réussite. Elle contrecarre l’évitement en optimisant les occasions d’interagir avec d’autres gens et avec l’environnement. Elle procure un sentiment de contrôle et de maîtrise qui réduit la souffrance liée à l’impuissance. Surtout, lorsqu’effectuée en pleine conscience, elle aide à réduire la rumination et la propension à s’inquiéter. En boni, s’adonner à une routine d’activités physiques génère une gamme de bienfaits sur le plan de la santé physique et réduirait le taux

de mortalité précoce de 13% en comparaison à des groupes contrôles38. Le yoga