En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois
Lorsque les circonstances nous transforment
que 3% en 1950 20. En France, le taux de divorce serait passé de 10% en
1960 à 45% en 201021.
Lorsque les circonstances nous transforment Certaines de nos difficultés ou de nos réactions intenses sont le reflet d’un contexte de vie, de circonstances ou d’une situation particulière; elles ne définissent pas qui nous sommes. Par exemple, à une époque de ma vie, je ne me reconnaissais pas dans mes réactions. Ce décalage entre la véritable personne que je suis et celle que je semblais être à l’époque reflétait davantage le contexte situationnel de ma vie à ce moment précis que de l’individu que je suis fondamentalement. J’étais confrontée à plusieurs épreuves incontrôlables. Pendant cette période, je croulais sous la pression et vivais fréquemment des insatisfactions.
Je constate d’ailleurs l’existence de ce phénomène chez plusieurs clients. Lorsqu’ils éprouvent des regrets par rapport à certaines réactions ou décisions, il devient très intéressant d’explorer le contexte dans lequel ils se trouvaient alors. Hausser le ton contre son enfant peut certes être un reflet d’un trait d’impulsivité et d’impatience propre à un parent. Or, bien souvent, cela résulte en réalité d’un cumul de stresseurs qui l’affligent: fatigue, tension causée par un conflit de couple, exigences élevées au travail, situation financière précaire, douleurs physiques chroniques, charge mentale excessive, pression sociale et auto-imposée d’être un parent parfait, etc.
Dans un monde idéal, nous prendrions conscience de l’impact des déséquilibres et des insatisfactions éprouvées dans notre vie et nous nous efforcerions dès lors d’opérer des changements qui nous rapprocheraient du bien-être. Mais la grande majorité d’entre nous s’acharnera plutôt à s’adapter… avec les conséquences qui en découlent fréquemment, à savoir une tension excessive qui finit par éclater.
Heureusement, les tabous entourant la santé mentale s’estompent peu à peu. La proportion de la population qui consulte des spécialistes en matière de santé mentale s’accroît exponentiellement chaque année. Consulter un thérapeute, un psychologue, un travailleur social ou un autre intervenant du domaine de la santé mentale n’a rien de honteux et ne certifie sûrement pas que vous êtes «fou» ou «malade», comme certains pouvaient l’affirmer autrefois. Consulter un intervenant en santé mentale est en réalité un acte d’intelligence, de courage. Cela témoigne d’un désir d’investir dans son bien-être et son épanouissement personnel.
Même si c’est ma profession, j’ai consulté, moi aussi, des psychologues à maintes reprises pour divers enjeux. Aujourd’hui encore, je consulte ma précieuse psychologue de longue date. Ces rencontres avec elle m’offrent un espace privilégié pour me pencher sur mes difficultés du quotidien. Cela contribue à mon cheminement vers une vie de plus en plus gratifiante, douce et équilibrée. J’y gagne une existence plus authentique.
J’emprunte les écrits de Simon Grondin, chercheur et professeur titulaire à l’École de psychologie de l’Université Laval, pour appuyer mes propos:
Recevoir de l’aide psychologique, c’est reconnaître ce que de nombreuses personnes savent,
c’est-à-dire que, tôt ou tard dans sa vie, l’être humain aura besoin du soutien de quelques-unes
des personnes qui l’entourent. C’est aussi reconnaître que le fait de cheminer, de progresser, de
se développer se fait rarement sans embûches et qu’à quelque moment que ce soit, il est
important de chercher conseil pour composer avec les événements. C’est l’affirmation d’un désir,
en quelque sorte, de repartir à neuf, une occasion de jeter un éclairage plus juste sur les
événements de sa vie et peut-être même la chance d’établir de nouvelles balises sur sa route.
Recevoir de l’aide permet de départager ce qui doit être oublié et ce qui doit être résolu, permet
de ne plus répéter les mêmes erreurs, permet de ne plus gaspiller inutilement de l’énergie pour
des choses pour lesquelles on ne peut rien ou permet de mieux s’y prendre au moment où des
choses doivent être dites ou des gestes posés 22.
Ainsi, je vous invite à vous accueillir avec bienveillance, indulgence et humilité dans toute votre complexité, dans tout ce qui fait de vous un humain qui vit, comme tout un chacun, une expérience de vie houleuse et imparfaite. Je reprends les mots du psychologue Marc-André Dufour, auteur
du merveilleux livre 23 Se donner le droit d’être malheureux:
L’humilité permet de regarder sa réalité sans jugement, telle qu’elle est, avec ses travers,
mais aussi avec ses bons côtés. C’est humain d’être imparfait et de vivre des moments de doute
et d’angoisse. C’est humain d’avoir des peurs irrationnelles. Vos failles ne font pas de vous des
gens de seconde classe, bien au contraire. L’humilité permet de neutraliser la fameuse
métaémotion de honte qui rend insupportables des situations certes douloureuses, mais qui sont
inévitables. […] Si vous parvenez à diminuer votre désir de correspondre à une version idéalisée
de vous-même et si vous acceptez vos souffrances et votre vulnérabilité, soudainement la crainte
paralysante du jugement des autres perdra de son intensité. En laissant tomber vos masques de
bonheur plaqué ou de stoïcisme d’apparat, vous ouvrirez des possibilités à d’autres êtres humains
qui étouffent derrière ces mises en scène de la vie aussi parfaite qu’impossible.
Marc-André Dufour cite les sages paroles de Leonard Cohen, tirées de sa chanson Anthem, «There is a crack in everything. That’s how the light gets in» (Il y a une fissure en toute chose, c’est ainsi qu’entre la lumière). Au lieu de nous efforcer de camoufler ce qui semble «anormal» en nous, laissons briller notre différence; servons-nous-en pour grandir et pour nous rallier à la réalité collective et inévitable qu’est l’imperfection humaine.
Une publication à caractère humoristique que j’ai lue sur les réseaux sociaux mérite d’être partagée pour conclure ce premier message. Une personne fictive prétendant s’afficher sur un site de rencontre précisait: «Ne m’envoyez pas de photos ni de messages coquets. Envoyez-moi plutôt un reçu récent dûment signé par votre thérapeute attestant que vous travaillez sur vous-même!» Effectivement, ce devrait peut-être devenir un critère de base plus répandu!
OceanofPDF.com