En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois
Rationaliser à outrance, une forme d’évitement émotionnel?
• «Ce n’est qu’un morceau de gâteau.»
• «Je n’ai qu’à le changer, le sac à ordures, plutôt que de m’emporter.»
• «C’est peut-être juste à cause des hormones.»
Rationaliser à outrance, une forme d’évitement émotionnel? Ah, la rationalisation. C’est un atout, tout comme c’est un vilain piège. Pourquoi? Parce qu’une émotion se manifeste dans le corps et dans les structures limbiques du cerveau. Lorsque nous cherchons à donner une explication logique à ce qui se passe ou à l’intellectualiser, nous analysons à la loupe ladite réaction émotionnelle à l’aide de notre esprit rationnel-analytique. Or, ce procédé mental se déroule dans un tout autre «service» cérébral que celui des émotions. Il y a donc un décalage, une impasse, dans la communication entre ces structures. Cela a un effet comparable à une personne qui parle vietnamien à une autre dont la langue première est le finlandais et qui a une connaissance médiocre du vietnamien: la première personne se sentira incomprise et invalidée; l’autre se formulera des hypothèses quant à ce que son interlocuteur tente de lui dire et risquera de ne rien comprendre de son message.
La rationalisation excessive, tout comme l’intellectualisation, peut agir comme un couvercle sur un chaudron qui chauffe.
Sylvain se sentait plus sensible depuis son retour de mission militaire. Il avait la mèche courte et sa vitalité avait chuté. Après quelques rencontres, il est parvenu à s’ouvrir au sujet d’un deuil relié à sa mission. Il n’en avait jamais vraiment parlé à personne. Il tâchait plutôt de se tenir occupé pour éviter d’y penser. Il rationalisait ses réactions pour bloquer ses émotions: «Ça fait si longtemps, ça ne devrait plus m’affecter», «Ça ne sert à rien d’y penser, on ne peut rien y changer». Cela n’empêchait pas les pensées intrusives de surgir à des moments aléatoires. Nous avons pris soin d’explorer ce que cet événement douloureux signifiait pour lui. À sa grande surprise, le simple fait de s’intéresser à ce qu’il ressentait par rapport à ce deuil a eu pour effet de crever un abcès émotionnel qui se logeait en lui depuis des années. Il s’est permis de vivre pleinement la gamme d’émotions suscitées par ce souvenir. Il lui avait suffi de s’ouvrir à son monde émotionnel pour qu’il se sente plus léger et moins envahi.