En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois
Le coût de la comparaison
Généralement, lorsque les gens se sentent épuisés ou démoralisés, ils s’abstiennent de partager leurs souffrances sur les réseaux sociaux. (Toutefois, ils freinent difficilement l’impulsion de consommer le contenu publié sur de tels réseaux, ce qui a pernicieusement pour effet d’amplifier leur mal-être.) Les gens partagent publiquement leurs moments de sourire, leur joie et leurs événements exceptionnels, comme les soirées, fêtes et repas réussis. Naturellement, nous sommes enclins à croire que cela les représente au quotidien. Ils semblent si heureux. Leur vie paraît tellement facile. Pourtant, il nous arrive d’être stupéfaits, sans mots, lorsqu’on aperçoit une photo d’un couple d’amis en train de s’enlacer alors qu’un des partenaires vient tout juste de nous faire des confidences au sujet de ses insatisfactions conjugales!
Qui n’a jamais affiché un statut qui détonnait avec sa réalité du moment? Qui n’a jamais utilisé de filtres ou modifié certains aspects d’une image partagée publiquement?
Il est tout à fait possible que ceux que vous enviez soient bel et bien satisfaits de leur vie. Dans ce cas, n’oubliez jamais qu’une vie gratifiante, et donc attrayante pour nous, ne nous est pas nécessairement donnée avec facilité. Ces gens ont sans doute renoncé à bien des projets pour enfin atteindre cette vie qui suscite l’envie. Qu’ont-ils éprouvé avant de flirter avec le bonheur? Est-il possible qu’une variété d’épreuves et d’efforts les aient menés vers cette vie épanouie? Un mariage heureux se façonne au cours des années grâce à une bonne communication, au respect, au dévouement, aux multiples conciliations, au pardon et à l’admiration que nous continuons de percevoir dans le regard de l’autre. Une entreprise florissante découle d’années de planification, de sacrifices, de prises de risque, de don de soi et d’investissements sur tous les plans. La sérénité et le contentement se cultivent. Ces sentiments découlent d’innombrables heures consacrées à travailler sur soi et à renforcer ces états d’esprit. N’enviez pas les résultats qu’ont obtenus les gens que vous admirez sans connaître le long parcours qu’ils ont effectué pour y arriver.
Le coût de la comparaison La tendance à se comparer aux autres est un réflexe social issu de l’évolution humaine, possiblement une façon de mesurer son degré d’appartenance au sein du clan et d’y assurer son inclusion. Vous comprendrez qu’aujourd’hui la comparaison est l’ennemie du contentement. Prenez un instant pour vous représenter cette scène: vous êtes à la plage en famille ou entre amis, entouré de ceux que vous aimez. La température est particulièrement clémente et semble s’être ajustée spécialement pour vous. Il fait juste assez chaud, pas trop humide, et la journée est agrémentée par une douce brise. L’eau est rafraîchissante. Vous entendez vos proches éclater de rire. Vous vous laissez imprégner par la beauté du paysage.
À ce moment précis, quel serait – selon votre imagination – votre degré de contentement, de bien-être et d’exaltation?
Soudainement, vous apercevez une personne au loin qui attire votre attention en raison de ses muscles, de sa silhouette parfaite ou peut-être de son maillot original. Subitement, tout se bouscule dans votre tête. Le mode comparaison s’installe. «Si seulement, moi aussi, j’étais… si moi aussi, j’avais… J’ai toujours voulu ceci… cela… Pourquoi suis-je comme je suis et l’autre est-il si parfait?» Que se passe-t-il? Vous qui vous sentiez si fortuné il y a une fraction de seconde, voilà que votre degré de contentement tombe en chute libre. Est-ce la faute de cette personne?
Cet exemple démontre à quel point notre bien-être et notre contentement découlent de l’activité de notre esprit. Or, nous pouvons reconnaître ces réflexes qui s’opposent à notre bien-être et les interrompre rapidement afin d’éviter qu’ils projettent de l’ombre sur un moment scintillant de bonheur.
«L’égo se pose tout le temps deux questions:
“Pourquoi moi?” et “Pourquoi pas moi?”.»
— MATTHIEU RICARD24
J’accompagnais une cliente qui, malgré sa progression en ce qui concerne son image personnelle, était toujours aux prises avec le fâcheux réflexe de se comparer aux autres, en particulier sur le plan physique. Comme pour bien des gens, cette réaction s’enclenchait très vite. Nous avons donc élaboré différentes stratégies visant à interrompre ce réflexe lorsque celui-ci se pointait pour obscurcir un moment heureux. C’est alors qu’elle a pris l’habitude d’utiliser une astuce simple et accessible qui vaut la peine d’être partagée: lorsqu’elle remarquait que son regard déviait vers une cible de comparaison, par exemple vers une femme qui lui semblait mieux qu’elle, elle réorientait son regard vers les boucles d’oreilles de celle-ci. Elle se concentrait sur leur forme, leur couleur, leur originalité. Cette astuce lui était plus bénéfique que de donner libre cours à son réflexe de comparaison, qui déclenchait chez elle une immédiate cascade mentale teintée d’autocritique.
Cette stratégie lui permettait de détourner son attention de ses sources d’insatisfaction personnelle, de court-circuiter l’élan des pensées négatives et de renouveler son intention d’être indulgente envers elle-même. De plus, cela la ramenait au moment présent. Pour reprendre les sages paroles du défunt moine bouddhiste Thich Nhat Hanh: «Quand nous prenons refuge dans l’instant présent, nous identifions toutes les conditions de bonheur dont nous disposons et nous voyons qu’elles sont largement suffisantes pour
être heureux dès à présent25.»
Cessez de vous comparer aux autres. Vous coexistez avec des limitations, des failles et des imperfections qui vous désenchantent, comme bien des gens. Ceux que vous admirez partagent cette réalité à leur façon. L’artiste. Votre voisin. Vos amis. Votre thérapeute. Est-ce véritablement aidant de vous focaliser sur ce qui vous charme en eux et que vous ne percevez pas en vous?
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