En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois
La règle de survie des trois
Au cours d’un processus psychothérapeutique, alors que nous abordions sa propension à appréhender une multitude de catastrophes, une cliente m’a parlé d’une règle de survie en forêt qui se nomme «la règle de survie des trois». Je la trouve pertinente pour nous aider à prendre du recul face à notre situation lorsque notre esprit s’enflamme dans une frénésie de scénarios catastrophiques. Elle est composée des questions suivantes:
Est-ce que ma vie est menacée dans les…
… trois prochaines secondes?
… trois prochaines minutes?
… trois prochaines heures?
… trois prochains jours?
… trois prochaines semaines?
… trois prochains mois? Et ainsi de suite.
En forêt, ces questions nous aident à prioriser ce sur quoi nous devons diriger notre attention, notre temps et notre énergie dans l’immédiat:
• Est-ce que ma vie est menacée dans les… trois prochaines secondes?
Est-ce qu’un prédateur me pourchasse? Suis-je accroché périlleusement à un précipice? Suis-je sur le point de tomber?
• Est-ce que ma vie est menacée dans les… trois prochaines minutes?
Suis-je en train de manquer d’air, d’étouffer, de me noyer?
• Est-ce que ma vie est menacée dans les… trois prochaines heures?
Ai-je accès à un endroit sécuritaire pour me protéger du soleil, du froid ou des intempéries, pour passer la nuit?
• Est-ce que ma vie est menacée dans les… trois prochains jours? Vais-
je manquer d’eau?
• Est-ce que ma vie est menacée dans les… trois prochaines semaines?
Vais-je manquer de nourriture?
Cette règle nous ramène à nos besoins de base en matière de survie et de sécurité. Il semblerait que, en général, un humain peut survivre trois minutes sans oxygène, trois heures sans abri, trois jours sans eau et trois semaines sans s’alimenter.
N’est-il pas impressionnant d’observer que l’activité de notre esprit peut réagir tout autant à une pensée générée par notre imagination («Imagine que j’aie un accident d’auto en sortant de chez moi») qu’à une situation réelle de menace, de danger ou de persécution? Ce type de pensées prend naissance dans notre tête, puis se projette dans un avenir incertain. Ces scénarios redoutés se basent sur une insuffisance d’éléments qui suggèrent qu’une telle catastrophe peut survenir.
Je ne manque pas d’air. Je ne vais pas mourir de soif. Mais en laissant mon esprit s’égarer dans des scénarios catastrophiques, l’effroi peut s’emparer de l’activité électrique de mon cerveau, particulièrement dans les régions qui enclenchent les réactions de survie. Si j’imagine qu’un prédateur rôde dans les parages, mon sommeil deviendra perturbé et j’aurai avantage à monter la garde plutôt qu’à m’abandonner dans les bras de Morphée. Mon appétit sera bloqué, car mon énergie sera redirigée vers les parties de mon corps qui assurent la fuite ou la contre-attaque, et non vers des activités de digestion. Ma vigilance s’accentuera. Mon attention se métamorphosera et deviendra un radar hypersensible prêt à détecter tout indice qui pourrait s’apparenter, de près ou de loin, à quelque chose suggérant que ma crainte est sur le point de se concrétiser.
Reviens ici. Reviens aux trois prochaines secondes, aux trois prochaines minutes… Y a-t-il une réelle menace, ici et maintenant? Est-ce que je suis sous l’emprise d’une illusion qui m’amène à croire que je suis en danger dans l’instant même? Puis-je attendre trois minutes avant de m’affoler? Puis-je patienter trois heures et voir comment la situation (ou le symptôme qui m’obsède) évolue avant de m’enliser dans les affres du désespoir?