En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois
«Cette personne vient tellement me chercher!»
Inévitablement, certaines personnes nous font réagir plus que d’autres. Bien souvent, ces individus ou leurs comportements activent, à notre insu, des enjeux sur lesquels nous sommes sensibles, en raison de notre vécu. Ils peuvent éveiller de vieilles blessures ou des empreintes émotionnelles qui ne sont pas totalement guéries.
Louisa travaille comme serveuse dans un restaurant. Un soir, elle ressent un élan de rage lorsqu’un client lui laisse, sans raison valable, un piètre pourboire. En explorant le filon conducteur de ce bouleversement émotionnel, elle comprend que cette situation a fait jaillir des émotions douloureuses qui lui rappelaient un parent avare avec qui elle avait grandi.
Bernard me confie qu’il se sent fréquemment intimidé par certaines figures d’autorité (douaniers, policiers, professeurs, médecins, etc.). Il prend finalement conscience du fait que ses interactions avec ces personnes en position d’autorité le ramènent inconsciemment à des expériences de peur, d’humiliation, d’intimidation et de domination vécues dans son enfance.
Nos réactions aux autres en disent long sur nous Certains individus ou diverses situations peuvent éveiller et activer nos schémas fondamentaux, nos programmations. Comme l’écrit Jean-Louis Drolet, psychologue et professeur universitaire, dans La route du sens:
[Tout un chacun possède une grille élaborée par l’esprit] pour interpréter ses expériences et
mettre de l’ordre dans sa vie. Cette grille, c’est notre conscience telle qu’elle s’est organisée à
travers nos expériences et nos apprentissages, et qui s’exprime dans notre façon de nous voir
nous-mêmes et de voir le monde. Elle est faite d’une multitude d’évaluations qui, avec le temps,
se sont cristallisées pour former essentiellement nos croyances et nos valeurs. Ces dernières sont
encodées, et ce sont ces codes qui servent à nous guider et à interpréter nos expériences 76.
Par exemple, Sylvie est habitée par une blessure d’abandon. Elle se sent insécurisée lorsque son partenaire de vie lui mentionne qu’il apprécie la personnalité d’une collègue. Pierre-Olivier, un autre client, coexiste avec un schéma de méfiance. Il réagit spontanément très fort dès qu’il a l’impression qu’on veut profiter de lui, que cette perception soit fondée ou
non77.
Autrement, les gens ou les contextes de vie auxquels nous réagissons intensément peuvent refléter différents aspects sur lesquels nous sommes rigides. Par exemple, certaines convictions ou certains codes moraux inflexibles («C’est inacceptable de faire attendre quelqu’un si on s’est engagé à être présent.») viennent teinter notre manière d’interpréter les événements («Cette personne me manque royalement de respect en étant en retard. Elle n’a aucune considération pour moi.»). Ces interprétations parlent bien davantage de nos exigences rigides que de l’intention de l’autre personne. C’est d’ailleurs en partie ce qui est suggéré par le concept de l’effet miroir, soit l’idée que les gens sont notre reflet. Si vous avez tendance à porter des jugements sur les autres ou à critiquer leurs actions, est-il possible que vous soyez tout aussi intransigeant envers vous-même? Il devient intéressant de prendre conscience de ce que nos réactions nous révèlent à notre sujet.
Pendant une courte mais précieuse période où ma sœur m’hébergeait chez elle, j’avais préparé des carrés de fudge (confiserie fondante au chocolat) dans le but de les offrir comme cadeaux pendant la période des fêtes. Un soir, en apercevant ces bouchées de fudge dans le réfrigérateur qui la suppliaient passivement de leur accorder un peu d’attention, ma sœur succomba à l’irrésistible tentation et en dégusta quelques-unes. J’étais outrée. Sur le coup, j’ai interprété cette action comme étant le reflet d’un manque d’égard au temps que j’y avais consacré et au destin que j’avais prévu pour ces morceaux de fudge. Comment pouvait-elle se servir sans ma permission? C’était surtout une «question de principe», non?
J’ai rapidement compris que cette situation réactivait de vieux souvenirs d’enfance. Bien évidemment, son intention n’avait jamais été de me manquer de respect. Avec le recul, lui offrir quelques carrés de fudge était la moindre des choses pour toute l’aide qu’elle me donnait si généreusement. Trois morceaux en moins ne m’empêcheraient pas d’exécuter mes plans… et au pire, ça me donnerait l’occasion d’en cuisiner à nouveau. Par-dessus tout, cette situation mettait en évidence l’indiscutable décalage entre ce que j’admire en elle – sa spontanéité et sa souplesse – et la flagrante rigidité de mes principes. Nous rions aujourd’hui toutes les deux quand nous nous remémorons ma réaction démesurée à une situation si anodine. Ma sœur est toujours une grande source d’inspiration dans ma vie, elle m’aide à m’assouplir lorsque je tombe dans mes vieilles pantoufles péniblement rigides comme du béton.