En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois
Faire face à l’impuissance
Mon intention n’est pas de vous inciter à vivre dans un monde de licornes en ignorant l’importance de certains enjeux, ni à invalider une vérité qui peut sous-tendre vos craintes, ni à négliger les actions que vous pourriez accomplir pour faire votre part dans le monde et améliorer le cours des choses. Soyez simplement conscient de ces conditionnements négatifs et de leurs conséquences dans votre vie. La souffrance est inévitable, d’accord, mais tenez-vous vraiment à vivre les tempêtes avant qu’elles arrivent? L’instant présent ne se reproduira pas une deuxième fois. Voulez-vous passer à côté de ce que le présent vous apporte?
Faire face à l’impuissance
Après m’être efforcée de cultiver une attitude à la fois réaliste et optimiste pendant des années, j’ai momentanément glissé – au milieu de l’année 2020, pendant la pandémie – dans un sentiment de dépassement en réaction à tout ce qui se déroulait dans ce monde. La détresse immense qui en découlait était palpable dans ma clientèle.
Mes interventions, mes outils et mes stratégies thérapeutiques me paraissaient tous soudainement insignifiants. Je pouvais difficilement tenter de restructurer les craintes de ma clientèle, car il s’y trouvait un réel fondement de vérité. Je ne possédais pas de baguette magique pour éliminer les sources d’écoanxiété, les affres de la pandémie, les guerres, les séismes qui affectaient durement certains pays, les failles de notre système de santé ou les décisions politiques qui apeuraient certains de mes clients.
Il me semblait futile de suggérer à ces gens qui anticipaient essentiellement une fin du monde de respirer profondément et de se centrer sur le présent. Je devenais un contenant dans lequel les gens déversaient leur détresse. J’y étais de plus en plus perméable et je partageais leur impuissance. Le monde étant dans une ère de bouleversements, je ne pouvais alléger leur détresse d’une façon gratifiante pour moi, efficace pour eux. Ce sentiment d’être dépassée était alors partagé par plusieurs de mes collègues, un peu comme si nous étions confrontés à une impuissance collective.
C’est alors que ma précieuse psychologue, qui m’accompagne au besoin depuis des années dans ma démarche de croissance, m’a ramenée à mon rôle après que je lui eus fait part de mon sentiment d’impuissance:
Non, tu ne peux pas te demander de soulager tout le monde. Tu ne peux pas éliminer la
souffrance. Tes stratégies ne sont pas futiles. Ne sous-estime pas l’importance d’aider les gens à
créer un refuge à l’intérieur d’eux, d’autant plus quand c’est le chaos autour d’eux. Parfois, la
meilleure chose à faire pour se préserver, c’est de se ramener au présent. Lorsque nous avons
l’impression de ne plus rien contrôler, nous contrôlons au moins ça, tout comme nous contrôlons
nos actions et nos décisions dans l’instant présent.
Ces paroles m’ont ramenée à l’ordre. Dans cette même semaine, j’ai lu des passages touchants écrits par Matthieu Ricard: «Dans ces cas, plus que les conseils, seule une présence aimante et chaleureuse, venue du cœur, peut apporter un certain réconfort […] Le temps que l’on donne à un patient, les instants où il trouve un peu de répit, tout cela vaut mieux que de rester seul
face à ses difficultés93.»
Je ne peux changer les politiques socio-environnementales. Je ne peux améliorer le système de santé. Je ne peux exiger de moi-même de devenir militante dans le but de rehausser la conscience sociale sur les enjeux problématiques de ce monde. Je ne peux révoquer les guerres. Je ne peux inventer les solutions qui amélioreront le sort de tous ou trouver un remède miracle pour éradiquer les maladies. Même si je voulais adopter tous les enfants vulnérables du monde et héberger l’ensemble des réfugiés, il me serait impossible de le faire.
Je peux, par contre – en utilisant mes forces –, permettre aux gens d’apprendre à trouver refuge en eux-mêmes et les guider pour qu’ils exercent leurs propres forces. Lorsque les gens se sentent mieux, ils sont mieux disposés à faire preuve de sollicitude et de solidarité. Ainsi, en aidant quelques personnes à améliorer leur bien-être psychologique, je multiplie le nombre de gens qui seront capables d’offrir le meilleur d’eux-mêmes et qui pourront alors contribuer positivement aux causes et aux enjeux sociaux préoccupants. Acceptons le fait que nous ne pouvons pas tout faire. Choisissons d’agir sur ce qui est en notre pouvoir. J’ose croire que, collectivement, nous ferons la différence.
«Cent brins d’herbe séparés ne servent pas à grand-chose, mais si on les réunit pour former un
balai, on peut faire le ménage.»
— MATTHIEU RICARD94
En ce sens, les courants centrés sur la pleine conscience nous enseignent deux approches complémentaires à préconiser devant la souffrance: 1) accueillir ce qui «est» avec bienveillance. Ceci signifie percevoir, s’ouvrir à ce qui se passe et accepter les choses comme elles sont. Et 2) cerner les actions qu’il nous est possible de faire pour continuer à avancer vers une vie pleine de sens et cohérente avec nos valeurs. Comme le résume la prière de la sérénité, cela implique d’accepter les choses qu’on ne peut changer, d’avoir le courage de changer les choses que l’on peut et de posséder la sagesse d’en connaître la différence.