En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois

En finir avec la culpabilité et vivre mieux

Quand j’aborde ce thème dans le cadre de mes ateliers, j’invite d’abord les participants à dresser une liste d’idées qui leur permettraient de prendre soin d’eux-mêmes et de se faire plaisir. Ils et elles génèrent toujours plusieurs idées: se réserver une soirée pour soi, sortir avec des amis, prendre congé lorsque les enfants sont à l’école ou à la garderie, s’inscrire à un cours, participer à une retraite de bien-être, etc. Plusieurs, surtout les femmes, se heurtent pourtant à un sentiment de culpabilité lorsqu’ils s’imaginent en train de s’adonner à de telles activités, juste pour eux: «Je ne pourrais jamais m’imaginer prendre une journée complète juste pour moi! Je me sentirais bien trop coupable!»

Nuançons d’abord ce concept de culpabilité. La culpabilité, dans sa forme saine, est une émotion sociale qui nous sert à éviter de reproduire des comportements qui peuvent avoir porté préjudice à certaines personnes, les avoir blessées ou déçues. Le sentiment de regret que l’on ressent est adapté et constructif «puisqu’il s’accompagne d’un désir de transformation et aide à considérer la situation dans laquelle on se trouve comme un point de

départ sur le chemin qui mène à une amélioration de soi59».

Une culpabilité malsaine, pour sa part, tend à émerger là où elle n’a pas lieu d’être. Elle s’active fréquemment chez les gens qui s’attribuent une trop grande part de la responsabilité du bonheur des autres. On croit que nos choix auront des répercussions foncièrement négatives sur autrui (par exemple «Si je renonce à son invitation, je gâcherai sa soirée»). Nous omettons alors de considérer que cela puisse être faux (il est possible qu’il s’amuse tout autant avec d’autres amis). Nous négligeons la possibilité que notre décision puisse même convenir à l’autre personne (s’il est fatigué, il sera possiblement heureux de récupérer sa soirée pour se détendre). Nous oublions que l’autre possède suffisamment de ressources intérieures pour bien s’adapter à nos décisions (oui, il trouvera un autre moyen d’occuper son temps). Sous l’emprise d’une culpabilité malsaine, nous nous jugeons négativement. Nous nous considérons comme une mauvaise personne. Or, dans ces moments, nous sommes portés à négliger nos propres besoins dans le but d’éviter de brimer le bonheur des autres.

Cette réticence que plusieurs personnes éprouvent à prendre du temps pour elles est tout à fait compréhensible si elles sont convaincues que cela représente un acte égoïste qui aura des répercussions négatives importantes sur les autres. Nous voulons éviter les tourments et la dévalorisation qui accompagnent la culpabilité. Toutefois, si nous accorder un temps privilégié ne place personne en situation de danger, est-ce que cela fera de nous une personne foncièrement mauvaise? Il devient pertinent de se questionner sur la fonction, l’intention et les réelles répercussions de notre action. Se sentir coupables ne signifie pas que nous sommes dans les faits réellement coupables ou responsables de la réaction d’une autre personne.