En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois

S’accorder l’espace de digérer ses émotions au quotidien

L’objectif de ce traitement est d’aider le cerveau à classer l’information qui a été absorbée plus ou moins consciemment par l’organisme, car trop intense pour être traitée psychiquement sur-le-champ. Le souvenir continue donc d’avoir des impacts sur l’individu dans son quotidien sans qu’il en comprenne la raison, sans qu’il puisse contrôler les sensations ou les pensées intrusives. Un souvenir peut effectivement être bloqué dans la mémoire à court terme, de la même manière qu’une bouchée d’un aliment trop grosse restera en bouche si elle n’est pas mastiquée et ne pourra descendre dans l’œsophage pour enclencher le processus de digestion. Il importe de couper la grosse bouchée en petites bouchées. L’exposition en imagination permet ainsi d’effectuer ce travail. Plus le cerveau «digère» des parcelles d’information (émotionnelles, sensorielles, visuelles, etc.), moins les éléments associés au souvenir traumatique sont anxiogènes et envahissants.

Ce que je trouve particulièrement fascinant avec cette technique, c’est que le cerveau choisit pour la personne quelle parcelle du souvenir sera «digérée» aujourd’hui. Parfois, les clients font l’expérience d’une tristesse importante. La séance suivante, ils ressentent de la colère. Lors d’une séance subséquente, c’est une sensation physique qui occupe le premier rang – la nausée, un engourdissement, une tension, une douleur, etc. Au cours d’une autre séance, un détail de la scène revient à leur conscience, un mouvement, une couleur oubliée, le nom d’une personne, etc. Ce n’est généralement pas TOUT cela en même temps, mais un peu de ce «tout» à la fois. Avec le temps, le souvenir devient moins envahissant. Il fait son chemin vers la mémoire autobiographique pour conserver le narratif de l’événement, sans que le client ait constamment à revivre l’événement en soi.

 

S’accorder l’espace de digérer ses émotions au quotidien Il n’est pas nécessaire de vivre quelque chose de traumatisant pour que des émotions nous suivent et nous affectent dans notre quotidien. Est-ce qu’un événement vous a choqué récemment? Avez-vous ressenti de l’impuissance lors d’une situation récente? De la tristesse? Du découragement? De l’incertitude? Toute autre forme de perturbation émotionnelle? Prenez soin d’accueillir ces émotions et de leur accorder l’attention qu’elles méritent.

J’aime bien prendre le temps d’effectuer un bilan de chaque journée, au coucher. Cela me permet de revisiter les moments qui ont activé des émotions que je ne pouvais pas nécessairement vivre ou exprimer sur le coup. En quelque sorte, je «vide mon sac» avant de glisser dans le sommeil. De manière comparable, je vous invite à cibler un moment opportun dans votre journée pour aller à la rencontre de ce qui s’agite à l’intérieur de vous.

Pour revenir à ma conversation avec la stagiaire qui conduisait l’auto, oui, parfois je me trouve «sadique» de plonger mes clients dans leurs souvenirs souffrants, de la même manière que je me trouvais «sadique» de contenir ma petite quand elle avait deux ans pour la soumettre à l’objet de torture qu’est l’aspirateur nasal. Mais je fais cela parce que je suis convaincue que l’intervention dégage «le méchant» et aide, tant les clients que ma fille, à se rétablir. Je sais qu’après l’intervention ils seront libérés d’un énorme fardeau. Ils n’auront plus à vivre leur vie en goûtant sans répit au malaise qui les bloque. Ils pourront enfin le digérer comme il se doit.

OceanofPDF.com