En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois
Soyez flexible dans votre quête d’équilibre
Comme il a été suggéré au chapitre précédent, les dérogations temporaires quant à vos exigences personnelles et les écarts de conduite inoffensifs peuvent très bien s’inscrire dans un mode de vie modéré et vertueux, la souplesse étant l’ingrédient essentiel. Il me semble pertinent, à ce stade, de vous expliquer ma conception de l’équilibre de vie.
Qu’est-ce qu’une vie équilibrée? Voilà une question qui n’a certes pas de réponse claire et précise. Pas de marche à suivre préétablie et structurée pour parvenir à cet équilibre!
Avez-vous déjà observé quelqu’un en planche à neige? Si vous êtes vous-même adepte de ce sport, la technique vous êtes déjà familière: on maintient l’équilibre grâce à un mouvement dynamique servant à transférer le poids du corps entre les talons et l’avant des pieds, dans un doux bercement de va-et-vient. Ce faisant, la planche bascule de la lame externe vers la lame interne, créant un mouvement de slalom fluide qui revient régulièrement vers le centre de sa trajectoire.
Pour moi, la quête d’équilibre dans notre vie s’apparente à une descente en planche à neige. Lorsque nous sillonnons une piste, nous sommes en constant réajustement. Nous dévions du centre dans une direction, y revenons pour dévier dans l’autre direction. Il importe de se repositionner constamment, en fonction des obstacles, de l’environnement et de plusieurs autres paramètres.
L’équilibre ou la stabilité
Distinguons la stabilité de l’équilibre. La stabilité correspond à quelque chose de statique, voire de rigide. Il y a une absence de variation. En revanche, l’équilibre se définit comme étant une «juste proportion entre des éléments opposés, d’où résulte un état d’harmonie» (dictionnaire Larousse).
Revenons à notre planche à neige. Si nous nous positionnons à plat, dans une attitude statique sur notre planche, nous sommes rapidement confrontés à l’inévitable: nous chutons face première et nous retrouvons les pieds en l’air. Le mouvement dynamique est nécessaire pour optimiser nos chances de vivre une expérience agréable. Une certaine souplesse et de la fluidité sont requises. Chaque déviation dans une direction est contrebalancée par une déviation dans l’autre direction, ce qui nous permet de maintenir notre trajectoire vers le bas de la pente. C’est la juste proportion entre ces écarts qui fait que l’on conserve l’équilibre.
Néanmoins, une déviation excessive est tout aussi nuisible. Dévier dans une direction sans nous repositionner adéquatement vers le centre nous mènera droit vers un précipice… ou un arbre. Dans l’existence, c’est similaire. Nous avons déjà établi que vivre de manière trop rigide ne nous sera pas salutaire, mais vivre de manière excessive, en négligeant certains besoins et certaines sphères de vie, n’est pas mieux.
Cultiver la présence attentive, l’écoute de soi et la bienveillance nous permet d’être à l’affût des signaux qui nous informent d’un déséquilibre. Nous pouvons alors nous ajuster et assurer un équilibre relatif. En étant attentifs aux besoins de notre corps et de notre esprit, nous nous familiarisons avec leurs nécessités, leurs limites et leurs automatismes. Nous pouvons ainsi découvrir notre «recette gagnante» favorisant l’équilibre. Sachez toutefois que celle-ci risque d’être différente demain ou dans un mois, en fonction d’une multitude de facteurs qui changent dans le temps: niveau d’énergie, température, saisons, hormones, présence de différentes sources de stress ou d’éléments qui sollicitent notre attention, charge émotionnelle, etc. J’ai donc sans doute peu besoin d’insister sur le fait qu’il est inutile et dommageable de se comparer… tant aux autres qu’à une version antérieure de soi-même.
Tout comme en planche à neige, il y a des moments et des circonstances de la vie qui font en sorte que nous sommes disposés à prendre de la vitesse. À d’autres moments, nous ressentons la pulsion de ralentir. Il nous arrive également d’avoir besoin de prendre une pause dans un chalet hivernal métaphorique: faire ce qu’il faut pour nous ressourcer, nous recueillir, nous réapprovisionner en vue des prochaines descentes. Parfois, notre slalom est plus large. Parfois, il est plus serré. Se réajuster en fonction de signaux de son organisme contribue au maintien d’une harmonie intérieure, de l’homéostasie. Être à l’écoute de ses besoins contribue à éviter les chutes, les blessures et l’épuisement.