En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois
La charge allostatique
Il faut retourner à l’origine de notre système nerveux pour mieux comprendre ces mécanismes d’action et pour qu’ils prennent tout leurs sens. Nous avons hérité d’une ancienne mécanique qui a grandement contribué à la survie de l’espèce, tant chez les animaux que chez l’humain.
Imaginons-nous dans la peau de Néanderthaliens. Nous contribuons au bon fonctionnement et à la perpétuation de notre clan. Dans ce but, aussi longtemps que nous nous sentons en sécurité, notre instinct nous pousse à nous reproduire. Nous propageons ainsi nos gènes et nous progressons en nombre. Soudainement, il y a une famine. Nous ne savons pas quand ni comment nous pourrons nous alimenter. Nous devons aussi subvenir aux besoins de nos enfants, qui dépendent de nous pour assurer leur survie. Stratégiquement, est-ce un bon moment pour procréer et ajouter d’autres bouches vulnérables à nourrir? Non seulement une grossesse nous rend généralement moins énergiques et efficaces, mais un nouveau-né ralentirait notre clan dans sa quête de solutions pour assurer sa survie. Rappelons que l’humain est parmi les seules créatures vivantes à donner naissance à des êtres aucunement mobilisables, incapables de marcher et entièrement dépendants de leurs géniteurs. L’espèce humaine a donc possiblement subsisté grâce à cette capacité d’inhiber les fonctions de l’organisme qui ne sont pas vitales à sa survie immédiate.
D’une façon comparable, nous avons hérité d’un système qui peut inhiber le sommeil profond pour monter la garde en cas de danger potentiel, et qui coupe l’appétit et bloque la digestion pour réorienter l’énergie vers ce qui nous aidera à combattre ou à fuir la menace lorsque ce sera nécessaire.
La charge allostatique Grâce à ces réactions physiologiques qui apparaissent devant la nécessité, ainsi qu’à cette capacité de l’organisme à s’adapter en fonction du contexte, l’humain a survécu à l’épreuve du temps. Cependant, une sursollicitation prolongée de ces mécanismes d’adaptation contribue à un déséquilibre chronique qui a des effets pernicieux. Lorsque notre organisme se retrouve souvent, voire chroniquement, en état de déséquilibre, il redirige ses énergies pour tenter de s’adapter à ce dérèglement, de se calibrer différemment et de limiter les dommages, mais s’épuise au bout d’un temps. Ceci vient avec un coût non négligeable que l’on nomme charge allostatique.