En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois
Prendre un «bain de forêt»
que les odeurs qui émanent de la nature calment notre système nerveux 42. Une étude a d’ailleurs démontré que le taux de cortisol (une hormone liée au stress qui peut être détectée dans la salive) diminue considérablement après 20 minutes ou plus dans la nature. Plus spécifiquement, le taux de cortisol diminue de 21,3% par heure passée en nature, mais on peut profiter d’une baisse considérable de cette hormone liée au stress après seulement
20 à 30 minutes (diminution de 18,5%) 43.
Troisièmement, la nature optimise la connexion à soi et à ce qui nous entoure. En étant moins stimulés, à l’abri des technologies et des distractions du quotidien, nous profitons d’un espace pour nous intéresser à ce qui se manifeste à l’intérieur et à l’extérieur de nous. Nous nous imprégnons des informations qui proviennent de nos cinq sens. L’air frais nous paraît plus rassasiant et revigorant (et l’est fort probablement réellement aussi). Nous n’avons qu’à lever notre regard pour contempler l’horizon. Lorsque nous croisons des gens dans la nature, nous sommes davantage portés à sourire.
Et finalement, une activité effectuée dans un contexte «vert» entraîne des améliorations plus importantes sur le plan de la santé physique et psychologique que la même activité effectuée dans un contexte urbain ou fermé, comme une salle d’entraînement. On observe également une plus grande amplification de l’estime de soi. De plus, l’humeur est nettement meilleure. Bien que tous les types d’activité physique entraînent généralement une diminution des émotions inconfortables comme la colère, la tristesse et l’anxiété, cette diminution est plus rapide et importante
lorsque l’activité est effectuée en nature44.
Prendre un «bain de forêt»
Une pratique japonaise, et même prescrite sous ordonnance par les médecins de ce pays, consiste à faire des «bains de forêt», appelés shinrin-yoku. Les recherches réalisées par le Dr Qing Li, médecin et chercheur, démontrent que ces bains de forêt engendrent une gamme de bienfaits sur la santé physique et psychologique. Voici de quoi il s’agit:
En japonais, shinrin signifie «forêt» et yoku veut dire «bain». Par conséquent, shinrin-yoku
signifie se baigner dans l’atmosphère de la forêt ou s’imprégner de la forêt à l’aide de ses sens
[…], être simplement au contact de la nature, en connexion avec elle par l’intermédiaire de nos
cinq sens […]. En ouvrant nos sens, nous créons un pont entre nous et le monde naturel. Et
lorsque nous sommes en harmonie avec ce dernier, nous pouvons commencer à nous apaiser.
Notre système nerveux peut se réinitialiser, notre corps et notre esprit sont en mesure de
retrouver le statut qui devrait être le leur. Adieu, le déphasage par rapport à la nature, et bonjour,
l’osmose45.
Sur le plan physiologique, cette pratique en nature diminue la pression artérielle et stabilise la variabilité de la fréquence cardiaque. Elle améliore le métabolisme et les fonctions cardiovasculaires, en plus de réduire le taux de glycémie. De plus, les bains de nature auraient pour effet d’abaisser le seuil de la douleur et de rehausser le niveau d’énergie. Ils facilitent la perte de poids, renforcent le système immunitaire et ils accroissent même la production de protéines contre le cancer.
En ce qui concerne les facultés cognitives, cette pratique améliore la concentration et la mémoire. Elle stimule la créativité, rend l’esprit plus
clair et facilite le processus de résolution de problèmes46. De plus, «les sons de la forêt apaisent nos esprits épuisés, éliminent la fatigue mentale et nous
offrent le silence nécessaire pour réfléchir47».
Sur le plan psychologique, une séance de bain de forêt aurait pour effet de réduire les symptômes de dépression, ainsi que les niveaux de stress, d’hostilité et d’agressivité, en favorisant un état de détente. Elle diminue les taux de cortisol, d’adrénaline et des autres hormones de stress. Dans son livre, le Dr Li suggère que la nature éveillerait un sixième sens lié au bonheur:
C’est ce que nous ressentons dans la nature et qui peut être si difficile à décrire:
l’émerveillement, l’enthousiasme, la transcendance et même l’extase […]. C’est lorsque nous
sommes en phase avec la nature, tous sens dehors, que la magie opère et que notre existence peut
se retrouver transformée. En immersion dans le monde naturel, nous sommes en mesure de vivre
le miracle de la vie et de nous connecter à quelque chose de plus imposant que nous-mêmes. La
nature nous coupe le souffle et nous insuffle une nouvelle vie48.
Il n’est donc pas surprenant de voir émerger des approches thérapeutiques qui placent la nature au cœur des interventions psychologiques. Dans les prochaines années, nous entendrons sans doute de plus en plus parler de l’écopsychothérapie, de la thérapie par la marche, de la sylvothérapie, du shinrin-yoku et de la thérapie par l’aventure en contexte de nature. Le temps passé en forêt devient de plus en plus prescrit sous ordonnance, tant au Canada, aux États-Unis, au Japon que dans divers