En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois
«Je ne me sens jamais à la hauteur»
Ève rayonne d’une beauté naturelle. Elle semble réussir tout ce qu’elle entreprend et, d’ailleurs, elle s’y investit corps et âme. Elle a excellé dans ses études et a poursuivi une carrière en s’orientant vers la performance et la productivité. Dans son milieu, c’est la coutume d’étirer les heures au travail, d’abattre un haut volume de production, d’être disponible jour et soir pour répondre aux urgences et aux attentes de ses supérieurs, tout en étant impliquée dans divers comités, congrès et organisations! De surcroît, elle ne déroge jamais de son rituel d’entraînement physique. Elle se contente mal de courir moins de 10 km et ressent un malaise si un imprévu l’oblige à rater une séance d’entraînement. Malgré tout cela, elle est atteinte du syndrome de l’imposteur. Elle n’a jamais l’impression d’en faire assez, d’être à la hauteur, d’être suffisamment bien, bonne, telle qu’elle est. Elle rehausse donc ses exigences déjà élevées et s’acharne à en faire toujours plus.
Ève me consulte pour un trouble alimentaire. Son alimentation est purement régie par des règles et des interdits cumulés au fil des années. La restriction alimentaire est une mission quotidienne pour elle. Chaque jour, son image d’elle-même et son estime de soi dépendent grandement de la façon dont elle s’est alimentée et de sa réussite ou non à contrôler son appétit. Elle commence toutefois à être dérangée par certains épisodes de rages alimentaires au cours desquels elle tombe dans une sorte de transe, perd la notion du temps et mange au-delà de ce que lui dictent ses règles rigides.
Je dévoile ici le fait que, des chères Ève, j’en rencontre plusieurs dans le cadre de mon travail. Peut-être vous reconnaissez-vous? Cet exemple est un hybride de plusieurs clientes qui partagent un profil similaire: plus belles qu’elles ne le croient, privées de se voir comme nous les percevons, performantes, exigeantes envers elles-mêmes, perfectionnistes, rigides dans leurs standards de performance. Elles accordent une importance excessive au contrôle alimentaire et vivent toutes avec le syndrome de l’imposteur, alors qu’elles sont généralement plus productives que la moyenne des gens.