En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois

La communication bienveillante

Nous avons travaillé ensemble et Corinne est parvenue à nommer clairement les émotions que cette situation activait chez elle et à préciser ses besoins. Voici la formulation qu’elle avait rédigée dans le but d’amorcer une conversation avec ses parents:

 

Je comprends que vous voulez le meilleur pour moi dans ma vie professionnelle et que vous

aimeriez que je vous donne des réponses claires. En même temps, quand vous me posez tout plein

de questions sur mes projets d’avenir, je me sens anxieuse parce que je ressens de la pression et

j’ai peur de ne pas être à la hauteur de vos aspirations. J’ai besoin de prendre le temps de

choisir un métier que j’aime vraiment. Je veux que vous respectiez mon parcours, malgré le fait

qu’il n’est pas défini pour l’instant. Sachez que je suis bien dans cette recherche. Ayez confiance.

Même si je ne connais pas la destination précise, j’avance.

 

Remarquez que cette formulation comporte quatre composantes clés. Ces composantes ont avantage à faire partie de toute mise au point auprès de quelqu’un qui ne comprend pas vos intentions ou lorsque vous ressentez le besoin de faire valoir ce que vous ressentez.

 

La communication bienveillante La structure que je viens de vous présenter respecte également quelques règles d’or inhérentes à la communication bienveillante, popularisée sous le terme de «communication non violente». Voici les éléments que l’on retrouve dans cette façon de communiquer.

 

Évitez d’accuser la personne; mettez-vous plutôt à sa place Au lieu de dire «Tu es vraiment idiot de ne pas avoir pensé à tous les ingrédients! Je t’ai demandé à trois reprises d’aller les acheter!» ou encore «Tu me manques royalement de respect quand tu me dis ça», parlez de ce que vous ressentez par rapport à la situation. Cela réduira les risques d’activer des réactions défensives, rendant alors l’autre personne peu disposée à vous entendre. Lorsqu’une personne se sent attaquée, son réflexe est de chercher à se défendre ou à éviter toute forme de confrontation. Naturellement, ceci mène généralement à une dégradation de la communication et à une escalade vers les conflits. Préférablement, exprimez ce que vous ressentez. En reprenant les exemples précédents, dites quelque chose comme «Je suis déçu de ne pas avoir de farine, car j’en ai vraiment besoin pour la recette» ou «Ça me blesse lorsqu’on me parle comme ça».

Puis, pour optimiser l’impact de vos paroles, enrichissez votre phrase en prenant le temps de vous mettre à la place de l’autre et de considérer son point de vue. Tout comme Corine l’a si bien fait, ouvrez la conversation en démontrant que votre souhait est de vous relier à l’autre: «Je comprends que ce n’était pas ton intention», «Je comprends que la situation puisse t’inquiéter», «Je comprends que tu es très occupé et que c’est facile d’oublier certaines choses». Ce faisant, votre interlocuteur se sentira considéré, estimé, entendu et compris. Cela aura pour effet de désamorcer ses réflexes d’autoprotection puisque l’objectif de la conversation ne sera pas de dominer un débat, mais bien d’échanger pour mieux vous comprendre et de parvenir ensemble à trouver des pistes de solutions.

 

Évitez de vous exprimer au «tu»

Voici un truc que vous connaissez certainement, mais qui vous aidera tout de même grandement. Au lieu de dire «Tu me blesses» ou «Tu es décevant», dites «Ça me blesse» ou «La situation me déçoit». En évitant le «tu», vous éviterez également d’insulter l’autre personne («Tu es ceci, tu es cela») ou de lui prêter de fausses intentions. Vous optimisez ainsi les chances que la personne soit réceptive et ouverte à discuter.

 

Et parlez plutôt au «je»

L’important ici est d’exprimer vos émotions et vos réactions («J’ai l’impression que…», «Je me sens…», «Tout ça réveille en moi de vieux souvenirs blessants…»). C’est difficile pour l’autre d’invalider ce que nous exprimons lorsque nous communiquons nos émotions au «je». Si je dis à mon conjoint que «je me sens irritée présentement», il ne peut pas me contredire en répondant «bien non, tu n’es pas irritée». Mon émotion m’appartient et il n’est aucunement question de reconnaître si elle est justifiée ou non. J’exprime simplement comment je me sens en ce moment. Puisque je ne l’accuse pas d’être la cause de mon irritation, il est mieux disposé à accueillir ce qui peut me contrarier dans le contexte.

La communication devient alors un échange dans le but de mieux se comprendre l’un et l’autre. Malgré tout, je souligne l’importance de maintenir votre position lorsque l’autre discrédite facilement votre émotion («Ça n’a pas rapport», «C’est insensé de se sentir comme ça»). N’hésitez pas à répéter que votre émotion est légitime parce que vous la ressentez, tout simplement. Vous avez le droit de ressentir ce que vous ressentez. L’autre n’a pas le contrôle de votre ressenti et il est inutile qu’il le juge. Cependant, en vous exprimant au «je», vous augmentez les chances que votre interlocuteur soit réceptif et mieux disposé à accueillir votre affirmation.

 

Abordez un seul enjeu à la fois

Comment faire un ouragan avec une flatulence? Pelletez toutes vos sources de frustration dans une même conversation. Prenez en exemple le discours suivant, d’un parent envers son adolescent:

 

«Tu n’as pas rangé ton manteau, encore! Tu me prends pour une esclave? Je dois ramasser ta

vaisselle, ton linge sale… Tu ne me dis jamais merci quand je vais te reconduire chez tes amis!

Je paie les factures et tu n’as même pas la décence de fermer la lumière de ta chambre lorsque tu

quittes la pièce! Je paie dans le vide! Pis quand je te donne de l’argent pour t’acheter des

vêtements, tu le flambes pour des niaiseries avec lesquelles tu ne t’amuses plus deux jours plus

tard! Je suis épuisée, moi! Tu ne fais qu’abuser de moi!»

Avez-vous déjà été le récipiendaire d’une telle décharge de messages émotifs? Comment vous sentiez-vous? Probablement impuissant et dépassé. Par où commencer? Nous avons l’impression qu’il n’y a plus rien à faire pour résoudre la situation et retrouver l’harmonie. C’est encore pire si vous n’avez rien vu venir et que cela vous éclate au visage telle une boîte à surprise peu rigolote.

Si vous êtes porté à utiliser cette stratégie de communication, c’est probablement que vous accumulez les irritations, en oubliant de faire part de ce que vous ressentez, en oubliant de vous affirmer. Avez-vous tendance à invalider vos sources de frustration? Par exemple, pensez-vous souvent «Ce n’est pas si grave que ça», «Je dois choisir mes batailles», «J’en fais un trop grand plat pour rien» (voir le chapitre «Je ne me reconnais pas dans mes réactions, à la page 132)? Autrement, tenez-vous pour acquis que les autres sont au courant de ce qui vous dérange? «Ils le savent bien que ça me fâche!» Si vous refoulez vos émotions et que vous vous retenez de les exprimer lorsqu’elles surviennent, elles feront inévitablement surface à un moment inopportun. Déposez un couvercle sur un chaudron plein d’eau et de nouilles, attendez qu’il bouille et… observez l’inévitable.

 

Soyez aussi précis que possible

Il se peut que vous ayez besoin de prendre un temps pour réfléchir à ce qui vous dérange réellement. Prenez soin de faire l’exercice de l’inventaire express en vous posant les trois questions essentielles. Comment est-ce que je me sens? Quel est mon besoin? Que puis-je faire pour remédier à ce besoin?

Il n’y a rien de plus efficace, pour vous assurer que votre interlocuteur se sent confus, désemparé et impuissant, qu’un dialogue comme celui-ci:

 

— Est-ce que ça va?

— Non.

— Qu’est-ce qui se passe?

— Je me sens moche.

— Pourquoi?

— Je ne sais pas trop.

— Ai-je fait quelque chose?

— Un peu… je n’ai pas envie d’en parler.

 

Si votre intention est de prendre le temps de réfléchir et de clarifier une situation, c’est une chose. Dans ce cas, dites-le. Trop souvent, une telle conversation reste inachevée et l’interlocuteur demeure seul dans un labyrinthe de scénarios à tenter de déduire les pensées de l’autre. Si cela survient trop souvent, je constate que plusieurs personnes qui subissent ce genre d’imprécision se désengagent: «Elle a juste à me dire ce qui la dérange», «Moi, je décroche et je ne m’en préoccupe plus».

Soyez également précis quand vous faites une demande. Ne laissez pas l’autre deviner ce que vous aimeriez qui soit différent à l’avenir. Dans la composante «j’aimerais que…», dites clairement ce que vous souhaitez. Cela peut être aussi simple que de demander à l’autre de prévoir du temps pour en parler avec vous afin de parvenir ensemble à résoudre un problème: «J’aimerais que nous réservions un moment pour en parler et envisager des solutions.» Autrement, vous pouvez émettre une demande spécifique par rapport à une situation précise: «J’aimerais que tu me respectes même quand je te dis non et je veux que tu cesses d’insister», «J’aimerais que tu retournes à l’épicerie», «J’aimerais que tu tentes de modifier ce comportement. Comment puis-je t’y aider?».

 

Soyez aussi authentique que possible

Il n’est certainement pas toujours évident de nous exposer dans notre humanité riche de toute notre vulnérabilité. Cela requiert beaucoup de courage, mais les bénéfices sont inestimables. Plutôt que de camoufler notre insécurité derrière un masque de méfiance, notre peur derrière le voile de l’agressivité, notre autocritique en projetant nos exigences élevées sur les autres ou notre chagrin derrière une supposée fatigue, efforçons-nous de nommer les vraies choses. Autrement, la conversation reste en surface, elle n’aborde pas le vrai problème, et celui-ci se dissimule dans le silence, dormant jusqu’au prochain événement déclencheur.

Prenons soin de reconnaître les blocages qui nous empêchent de nous exprimer en toute authenticité. Les émotions réelles que nous ressentons peuvent grandement nous informer sur nos peurs ou nos blessures du passé qui se réactivent dans certaines situations. En les identifiant, il devient plus facile de communiquer de manière authentique et de faire comprendre à l’autre nos réactions.