En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois

Identifiez vos besoins réels

 

Julianne a une relation compliquée avec la nourriture. Elle se sent envahie par des pensées obsessives liées à certains aliments. Il lui arrive d’avoir des rages alimentaires tellement grandes qu’elle mange jusqu’au point d’en avoir mal au ventre. Marc-Antoine, quant à lui, réalise qu’il lui faut sa bière tous les soirs en revenant du travail. Il ne croyait pas que c’était un problème jusqu’à ce qu’il tente de participer au défi 30 jours sans alcool et qu’il ne parvienne pas à se rendre à la troisième journée. Martine vient me consulter parce qu’elle peut dépenser mensuellement l’équivalent de son loyer en achats impulsifs en ligne. Ariane, elle, tend à se couper les cuisses à l’aide d’une lame lorsqu’elle ne se sent pas bien.

 

S’intéresser aux fonctions de ses comportements impulsifs Derrière la pulsion de se tourner vers la nourriture, l’alcool, les achats en ligne ou l’automutilation, il y a un besoin. Ce postulat est tout aussi valable en ce qui concerne l’envie de recourir aux drogues, au café (après le deuxième ou le troisième), à la pornographie, au gambling ou aux jeux vidéo de manière excessive. N’oublions pas non plus le problème grandissant de dépendance aux réseaux sociaux et aux appareils électroniques. Quels besoins se cachent sous ces différentes formes d’impulsions?

Peut-être avez-vous besoin de repos? D’évasion? De vous défouler? De vous faire plaisir? De vous stimuler? De vous punir? De vous récompenser? De vous réconforter? De ventiler des émotions? De combler un vide? De répondre à tout autre besoin?

Plus une personne devient consciente du besoin sous-jacent, mieux elle pourra y répondre directement. C’est ainsi que diminuera l’impulsion de se tourner vers ces mauvaises habitudes.

Au fil de nos rencontres, Julianne s’est intéressée aux fonctions des comportements impulsifs associés à son trouble alimentaire et en est venue à comprendre ce qui provoquait ses impulsions. Elle a réalisé qu’elle était portée à succomber à une rage alimentaire lorsqu’elle se sentait seule, fatiguée, ou lorsqu’elle s’acharnait à persévérer dans une tâche qui ne l’intéressait pas. La nourriture servait ainsi à remplir son sentiment de vide intérieur, à élever son niveau d’énergie ou à la distraire, selon le cas. Elle a compris que la nourriture donnait un «bon goût» à une obligation ennuyeuse. En contexte de fatigue, le sucre et le fast-food venaient avec la promesse illusoire de rehausser ses réserves d’énergie épuisées.

Après avoir pris conscience de ses besoins, elle a commencé à s’accorder des pauses régulières au bout de quelques heures de travail. Elle s’adonne alors à une activité plaisante ou bien elle écoute une séance de relaxation guidée. Elle a été surprise de constater qu’une pause de dix minutes pouvait changer bien des choses. Une courte séance de méditation a l’effet quasi magique d’alléger considérablement sa fatigue. Elle a donc développé le réflexe de se demander: «Comment puis-je véritablement me nourrir?»

En ce qui concerne Marc-Antoine, il a réalisé que sa consommation d’alcool répondait à un grand besoin d’apaisement. Ses journées de travail étaient stimulantes, mais très stressantes et exigeantes. Sa bière de fin de journée apaisait son système nerveux. Elle servait également à le récompenser d’avoir survécu à «une autre journée trop remplie». En faisant un travail sur lui-même, il a réalisé que ses ressources adaptatives étaient constamment sollicitées dans son emploi. Il s’imposait d’être au plein potentiel de ses capacités à toute heure de la journée, et même les week-ends. Il arrivait chez lui à vingt heures et n’avait plus d’énergie pour s’adonner à des activités plaisantes qui auraient pu répondre à son besoin de récompense. L’alcool était devenu une solution rapide et accessible pour gérer les répercussions causées par les déséquilibres dans ses sphères de vie. Son emploi occupait tellement de place dans sa semaine que ses relations sociales avaient été délaissées. Il voyait donc très peu ses amis et la notion de loisir était devenue un mythe.