En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois

Évitez de vous étourdir au point de vous épuiser

 

Je rencontre un trop grand nombre de clients qui s’étourdissent dans l’action ou qui, comme nous y avons fait allusion précédemment (voir le chapitre Je ne me reconnais pas dans mes réactions, à la page 132), fuient leurs émotions par l’intellectualisation excessive. Évidemment, si nous travaillons cinquante heures par semaine et que nous menons en parallèle plusieurs projets de front, nous limiterons les occasions de ressentir les sentiments plus douloureux qui feraient autrement surface si nous nous arrêtions minimalement! C’est possiblement en partie ce qui alimente l’obsession du travail (le workaholisme) et les tendances à s’investir à outrance dans de multiples engagements. De cette manière, nous évitons d’être confrontés à un sentiment de solitude, de vide intérieur, à l’insécurité ou à toute forme de détresse qui nous habite. Nous fixons la ligne de mire qui se trouve devant nous, et nous nous efforçons d’avancer à tout prix.

À notre insu, nos émotions négligées s’entassent dans un sac métaphorique que nous traînons. Celui-ci continue de se remplir à chacun de nos pas. À chaque événement perturbant, nous balayons ces émotions activées dans notre sac, tout cela en entretenant l’illusion que nous les gérerons plus tard. Nous négligeons l’importance de prendre le temps de regarder ce qui se trouve à l’intérieur dudit sac et d’en trier le contenu. Celui-ci devient de plus en plus lourd à tirer au fil du temps. Nous nous acharnons à ignorer le poids de notre sac et à continuer de foncer vers l’avant.

 

Ce qu’entraîne le stress chronique Victoria étudie à temps plein aux études supérieures. Elle est engagée dans un laboratoire de recherche, elle est assistante de cours et elle s’implique dans des initiatives bénévoles. Elle participe à tous les congrès et passe la grande majorité de son temps libre à étudier pour atteindre ses standards universitaires démesurément élevés. Ses journées commencent à sept heures le matin et elle est rarement de retour chez elle avant vingt heures. Elle a vécu plusieurs événements bouleversants au cours des derniers mois, mais elle en parle de manière plutôt détachée. Elle est elle-même surprise de ne pas se sentir plus ébranlée par ces événements. Ce dont elle se plaint, en revanche, c’est d’un épuisement écrasant. Elle se sent faible, étourdie par moments. Sa passion envers ses engagements s’éteint peu à peu. Elle se sent irritable et son entourage remarque son impatience. Elle commence à développer un certain cynisme envers la vie et se questionne au sujet de sa raison d’être dans cette existence éphémère.

Nous entendons régulièrement parler du phénomène d’épuisement relié

au travail, le burnout professionnel80. Le burnout professionnel découle d’une «exposition prolongée à un ensemble de facteurs d’ordre organisationnel (management) et/ou institutionnel qui provoque un déséquilibre, dans un rapport interactionnel, entre les ressources dont

dispose la personne et les exigences du travail81». Essentiellement, il y a un décalage important entre les contraintes du milieu (exigences, environnement, pressions liées au travail, manque de ressources ou de flexibilité, etc.) et les ressources de l’individu (stratégies d’adaptation; ressources logistiques, environnementales et sociales, etc.).

Le burnout ne s’attaque pas seulement aux travailleurs. Il peut également survenir chez les étudiants. Pensons aux horaires surchargés, à la multiplicité d’obligations scolaires, aux pressions financières et sociales. De même, il peut tout autant affecter les parents. On parlera alors de burnout parental, caractérisé par un état d’épuisement physique, émotionnel et

cognitif provoqué par une charge mentale 82 considérable. À cette charge mentale étourdissante s’additionnent un cumul de sources de stress, un manque de soutien, des exigences élevées et/ou une surcharge de pressions externes. Nous pouvons aussi vivre un épuisement émotionnel lorsqu’une charge émotive cumulée devient débilitante. On parle ici d’un burnout émotionnel. Lorsque cette tension émotive est reliée à ses expériences en matière de relations amoureuses, on peut parler de «burnout amoureux».

Quand nous faisons un burnout, notre système tombe en panne après une période prolongée de déséquilibre, de sursollicitation et de surmenage. Nos signes: 1) un état d’épuisement, 2) une attitude cynique envers nos obligations et 3) un sentiment d’inefficacité. L’épuisement prend une forme physique et émotionnelle. Cela occasionne une fatigue chronique exténuante, une baisse d’entrain et une impression d’être au bout du rouleau. Le cynisme fait référence à une diminution de la motivation à poursuivre ses engagements, ainsi qu’à une perte de sens généralisée quant à ses responsabilités et à ses occupations. Il peut aussi contribuer à l’émergence d’une distance affective à l’égard des autres et à un détachement envers les tâches inhérentes à son rôle ou à sa profession. Nous ressentons que s’installe une insensibilité ou une barrière émotionnelle qui sert en quelque sorte à nous protéger contre les exigences ou la détresse des autres. Le sentiment d’inefficacité, quant à lui, peut être ressenti comme un sentiment d’inadéquation, une impression d’échec ou une baisse de confiance en soi. Nous observons une diminution de la productivité. La personne n’a plus l’impression de se réaliser dans son

occupation83.

D’autres termes existent dans la littérature scientifique comme le burn-in (présentéisme au travail, soit le fait d’être présent tout en étant peu efficace), le bore-out (baisse de vitalité et de motivation causée par l’ennui chronique) et le brown-out (perte de sens, conflits de valeurs et diminution

de l’engagement envers la tâche) 84. Chez les gens œuvrant dans le domaine de l’entraide, nous observons un phénomène nommé «fatigue de

compassion» ou «détresse empathique 85» qui fait référence à l’usure émotionnelle qui s’installe lorsqu’une personne est exposée trop fréquemment à la détresse des autres ou à des récits d’événements traumatiques. Les cliniciens et les premiers répondants seraient particulièrement à risque. Dans tous les cas, quand nous sommes «brûlés», nous nous sentons de plus en plus fatigués, désengagés, inefficaces et cyniques. Nous ressentons réellement le fardeau accablant des tensions, de la charge émotive et de la détresse qui s’accumule au fil du temps.

Précédemment (voir le chapitre Bougez, bougez, bougez, à la page 34), j’ai abordé les vertus de l’action dans les diverses sphères de notre vie. L’activation comportementale est efficace pour le traitement de la dépression et pour éviter qu’une dépression se chronicise. S’investir dans plusieurs projets apporte son lot de bienfaits tant pour l’estime personnelle que pour la santé mentale. Nous nous sentons productifs, utiles et socialement valorisés quand nous réalisons plusieurs choses.