En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois

Le chaudron de la pression des émotions

Cela étant dit, vous n’avez pas toujours à connaître les racines de vos émotions. Vous aurez compris que nos émotions découlent parfois de vieilles blessures qui ne cherchent que de l’espace pour être accueillies avec bienveillance. C’est un peu comme lorsqu’un enfant en douleur préfère de loin l’accès à des bras réconfortants à une analyse cartésienne de sa souffrance! Offrez à vos émotions une ouverture, un espace, afin qu’elles puissent poursuivre leur chemin. Ayez le courage de les accueillir. Ressentez-les. Nommez-les. Écrivez-les, si cette façon de faire vous parle.

D’ailleurs, pleurez si l’envie se présente. Pleurer est une action instinctive qui sert à ventiler une surcharge émotive. C’est un moyen de métaboliser les hormones et de modifier les neurotransmetteurs qui sont sécrétés dans différentes situations de vie. Tout comme rire. Tout comme se défouler physiquement. Vivre des émotions n’est pas une fragilité. Les émotions sont des outils parmi tant d’autres qui font partie de notre patrimoine génétique.

 

Le chaudron de la pression des émotions Lorsque nous constatons la présence d’un bouillonnement émotionnel, différents modes de réactions s’offrent à nous. Les suggestions mentionnées dans le paragraphe précédent (pleurer, rire, se défouler physiquement, écrire, etc.) servent à ventiler et à exprimer nos émotions de façon à laisser sortir la pression émotionnelle. Il existe plusieurs autres manières saines d’exprimer nos émotions: danser, jouer d’un instrument de musique, faire du breathwork (exercices de respiration libératrice) ou toute forme de respiration consciente, canaliser nos sentiments dans une forme d’art intuitif, consulter un psy, communiquer nos états d’âme à l’aide de la communication bienveillante… Ces formes d’expression agissent telle une soupape qui libère la vapeur d’un presto ou le contenu d’un chaudron en ébullition. Parfois, il est aidant de «plonger» dans l’émotion, en la laissant prendre son espace sans retenue ni résistance. L’émotion vivra sa vague. Nous la traverserons dans ses hauts et ses bas, pour enfin en ressortir et rebondir plus efficacement. Évitons simplement de «brasser notre chaudron» en entretenant des pensées qui auraient pour effet d’exacerber la tension (pensées victimisantes, culpabilisantes, agressives, etc.).

Une alternative – que l’on retrouve dans diverses pratiques orientées vers la pleine conscience et la bienveillance – consiste à observer tout simplement les émotions ressenties sans agir sur les impulsions. Avez-vous remarqué que lorsque l’eau d’un chaudron bout et déborde, il suffit de soulever le couvercle pour que l’effervescence s’apaise? De façon comparable, la simple observation des émotions permet avec le temps de les dissiper. Il importe de s’y intéresser, sans les envenimer ni les refouler, de constater leur présence et de les inviter à traverser le paysage de notre conscience.

Comme nous l’avons abordé précédemment, nous pouvons être portés à refouler nos émotions, à les «ravaler», les invalider, les neutraliser, les éviter. Nous sommes alors en mode répression. Nous adoptons toutes sortes de comportements pour détourner notre attention de ce qui bouillonne en nous et pour distraire notre esprit (consommation excessive de substances, étourdissement dans l’action, comportements impulsifs ou autodestructeurs, etc.). Lorsque nous nous empêchons d’exprimer nos émotions, la pression accumulée dans le chaudron peut déborder de différentes manières. Nous adopterons des comportements d’oppression qui agissent pour déplacer notre pression interne sur les gens de notre entourage. Nous aurons des réactions de colère et d’agressivité telles que crier, briser des biens, violenter, contaminer l’ambiance de notre humeur désagréable, critiquer, etc. En revanche, à la suite d’une accumulation prolongée de cette pression sans stratégies de libération, nous serons entraînés vers un état de dépression: une certaine intériorisation de cette pression peut mener ainsi à l’épuisement, à l’impuissance, à la léthargie et à la déprime. Des symptômes somatiques incommodants peuvent également émerger: le trop-plein implose à l’intérieur du corps, et peut conséquemment provoquer des douleurs, des malaises ou des complications physiques. Évidemment, outre adopter des formes d’expression saines qui agiront telles des soupapes pour évacuer notre tension émotionnelle, intéressons-nous aussi à ce qui alimente la chaleur de notre rond de poêle métaphorique. Qu’est-ce qui, dans notre environnement interne et externe, contribue à l’exacerbation de cette dite chaleur? Quels changements pouvons-nous effectuer dans notre vie dans l’espoir d’améliorer la situation et réduire la tension qui nous fait bouillir?

 

J’aime bien la phrase: «Ce qu’on réprime s’imprime.» C’est l’idée que ce que nous n’exprimons pas, ce que nous ne libérons pas, s’incrustera en nous et dans nos relations interpersonnelles. Retenez: ce à quoi on résiste persiste. Ce qu’on accepte a l’espace pour se transformer.

En accueillant hardiment vos émotions et votre vulnérabilité humaine, puis en les transformant par observation, vous constaterez que la détresse ressentie dure moins longtemps. Vous noterez que vous êtes moins porté à vous tourner vers les comportements d’évitement mentionnés précédemment, ou à rejeter ces émotions sur votre entourage. Ainsi, l’accueil des émotions contribue à un mode de vie sain et équilibré.