En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois
Pousser au-delà de l’épuisement
Cependant, je tiens à apporter une nuance importante quant aux bienfaits d’être actifs. En dépit des vertus de l’action et de l’engagement dans différents domaines d’activité, retenez tout de même que trop, c’est comme pas assez. En tant que thérapeutes, nous ne préconisons rien à l’excès, et j’insiste donc ici, encore une fois, sur l’importance de s’accorder des moments de répit et d’inaction pour prendre soin de soi et accueillir les émotions accumulées.
Dans le brouhaha du quotidien, les émotions s’embrouillent les unes avec les autres et le mélange qui en est issu est facilement laissé pour compte. S’activer à l’excès devient une forme de fuite, une façon d’empêcher le contact avec ce qui nous habite. Dans la vie, tout est une question d’équilibre! J’aime bien la question proposée par Marc-André Dufour, psychologue et auteur de Se donner le droit d’être malheureux, et je vous invite à vous la poser si vous êtes porté à vous surinvestir dans l’action: «Faites-vous telle activité pour le plaisir ou pour le déplaisir
qu’elle vous permet d’éviter 86?»
Pousser au-delà de l’épuisement
En présence d’un épuisement, nous efforcer de fonctionner à notre rythme habituel contribuera inévitablement à un déficit de nos ressources. Nous fonctionnons alors sur de l’énergie empruntée, grâce à une génératrice métaphorique qui carbure à l’adrénaline, au cortisol et à d’autres hormones de stress. Ceci exacerbe l’intensité de symptômes incommodants (douleurs, troubles gastriques, problèmes cutanés, etc.) et en provoque de nouveaux (modifications de l’humeur, inflammation, dérèglement hormonal, difficultés de sommeil, etc.). Les occasions de repos se soldent rarement par une sensation de ressourcement et ne servent qu’à rembourser une vieille dette qui s’est aggravée sous l’effet des intérêts composés.
L’épuisement chronique s’apparente à l’expérience d’une personne en dénutrition pour cause de famine. La différence est que, en cas de dénutrition, la ressource manquante est évidemment de l’ordre de l’alimentation. En contexte d’épuisement, nous sommes «dénutris» sur le plan de nos ressources énergétiques. Dans les deux cas, l’objectif sera de restaurer l’équilibre. Si une personne dénutrie se retrouve soudainement devant un buffet, elle aura sans doute envie de se gaver de nourriture (à moins de souffrir d’un trouble alimentaire). La dernière de ses impulsions sera d’aller courir un marathon. De même, si notre système nerveux est chroniquement sursollicité, il aura envie de se «gaver» de repos dès qu’il en aura la chance. C’est le retour du balancier, l’organisme qui tente de restaurer l’homéostasie. Tandis que nous souhaiterions tellement mettre à profit nos journées de congé, nous sommes freinés par un manque d’entrain. Nous sommes privés d’énergie pendant nos vacances, et cela, bien malgré nous.