En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois

Acceptez ce qui se passe: les vertus du lâcher-prise

ACCEPTEZ CE QUI SE PASSE: LES VERTUS DU LÂCHER-

PRISE

 

Lâcher prise est, à la base, contre-intuitif. Si vous vous êtes déjà propulsé dans le vide en bungee ou en parachute, vous comprenez à quel point cela requiert un effort phénoménal. Cela nous appelle à agir contre notre nature innée. Notre instinct de survie ne veut aucunement quitter la surface du sol qu’elle considère comme ferme et sécuritaire. Accepter le néant et avoir confiance en un élastique ou en un parachute, voilà un réel défi. En réalité, nous sommes intuitivement orientés vers ce qui nous est familier et vers ce qui est prévisible. Ce que l’on connaît nous paraît normal et rassurant. Aussitôt déstabilisés, nous préconisons l’action et la recherche de solutions, cela dans l’espoir de récupérer un sentiment de contrôle.

On a beaucoup entendu parler du concept de lâcher-prise au cours des dernières années, mais il n’est pas toujours évident d’en saisir le sens. Contrairement à la croyance de certains, lâcher prise ne signifie pas se soumettre, baisser les bras, se résigner ou abandonner. Il s’agit davantage de notre capacité à laisser être les choses comme elles sont, sans entrer dans une spirale mentale négative qui chercherait à résister ou à s’opposer à ce qui est. Nous apprenons dès lors à accueillir l’instant présent tel qu’il se manifeste. À la détresse existante, nous évitons de superposer une souffrance additionnelle comme la rumination, la victimisation, l’appréhension ou l’opposition au réel.

Lâcher prise, c’est aussi avoir la sagesse de distinguer les circonstances de vie qui favorisent notre bien-être de celles qui nous sont nuisibles. Parfois, le lâcher-prise nous encourage à effectuer un changement en délaissant quelque chose qui est malsain pour nous. Lâcher prise, c’est avoir la sagesse de nous libérer de ce qui entraîne plus de souffrance que d’agréments, même après y avoir investi beaucoup d’efforts: par exemple une attente, un objectif, une relation, un projet d’affaires, un désir de changement. Dans ce contexte, le lâcher-prise s’installe à la fin d’un processus. Nous constatons que nous avons persisté à vouloir quelque chose qui engendrait plus de mal que de bien. Nous avons fait tout notre possible, mais le jeu n’en vaut plus la chandelle.

À d’autres moments, il s’agit plutôt d’apprendre à accepter ce qui est, sans avoir de désir de le changer. Rappelez-vous la différence marquante entre la perspective de ma fille lorsqu’elle souffre des conséquences d’un virus et la nôtre dans nos réflexes d’adultes. Elle ressent les mêmes symptômes que nous, sans toutefois extrapoler, sans juger, sans se plaindre de la série interminable de microbes qui nous affectent. Elle ne tente pas de se faire croire qu’elle est bien dans cet état affaibli, mais elle ne gère qu’une seconde à la fois. Elle baigne dans la confiance innée qu’elle peut très bien se sentir autrement dans la prochaine seconde, demain ou la semaine prochaine. Elle n’alimente pas d’histoires concernant ses symptômes, ce qui rend l’expérience globale sans doute beaucoup plus vivable pour elle que pour nous qui vivons la situation dans notre perspective d’adulte («Je suis tout le temps malade!»). Elle compose mieux avec cette affliction temporaire que nous lorsque nous y résistons («Je suis écœurée!»), lorsque nous anticipons («Je vais avoir une journée d’enfer!»), lorsque nous nous victimisons («Pourquoi ça nous arrive à nous?») ou lorsque nous nous enfonçons dans une cascade de jugements («C’est donc long avant de me rétablir! Pourquoi les symptômes m’affectent-ils plus sévèrement? C’est injuste!»). M’inspirer de ma fille ne veut pas dire que je cesserai de tenter d’améliorer mon sort. Je continuerai de bien m’hydrater, de m’alimenter adéquatement, de dormir de bonnes nuits et de faire ce qu’il faut pour me rétablir. Mais est-ce que le surplus de négativisme pourrait améliorer la situation? Je saurai que non.

Ekhart Tolle vulgarise bien ce qu’est le lâcher-prise dans cette citation tirée d’un de ses livres:

 

Quand vous lâchez prise, ce n’est pas la situation dans sa globalité que vous devez accepter,

mais juste le minuscule segment appelé l’instant présent. Par exemple, si vous étiez pris dans la

boue quelque part, vous ne diriez pas «OK, je me résigne à être dans la boue». La résignation n’a

rien à voir avec le lâcher-prise. Il n’est pas nécessaire que vous acceptiez une situation

indésirable ou désagréable. Il n’est pas nécessaire non plus que vous vous racontiez des histoires