En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois
Les conséquences d’une vie excessivement orientée vers la performance
C’est tout un entraînement mental digne d’une épreuve olympique.
Cette attente a été une expérience doublement magnifique: j’ai pu admirer un coucher de soleil d’une beauté mémorable. Sur ces entrefaites, j’ai pu observer au premier plan mes automatismes et l’activation de mes schémas psychologiques: l’introjection de la haute vitesse issue de notre société, l’intériorisation des standards élevés liés à la productivité et à la performance, ma résistance à être plutôt qu’à faire. Soudainement, je venais de me retrouver dans une autre dimension où les valeurs et le rythme de vie étaient totalement à l’opposé de ce qui m’était si familier.
Les conséquences d’une vie excessivement orientée vers la performance
Ce n’est rien de nouveau: notre société valorise la performance. Par le biais de certains de nos schémas fondamentaux, nous nous rassurons dans la productivité. Nous trouvons un confort dans l’efficacité par rapport au temps qui passe. Nous sommes accablés par la culpabilité lorsque nous nous permettons de ralentir. Il faudrait toujours faire plus, plus vite et mieux! Comme l’écrivent Madeleine Arcand et Maxime Morin: «Le problème, c’est que les autres aussi travaillent de plus en plus vite, ce qui a pour effet d’inhiber notre propre efficacité. Alors, qu’est-ce qu’on fait? On accélère, encore et toujours, puis on se fatigue, jusqu’à se brûler. Nous
sommes prisonniers de la culture de la vitesse55.»
Quelles sont les conséquences d’une vie excessivement orientée vers la performance, l’action et la productivité? Voyons ce qu’il en est.
Cela nous empêche de vivre dans le présent. La survalorisation de la performance et de la productivité nous amène à vivre principalement dans l’avenir: nous sommes toujours orientés vers les prochaines tâches, les choses à faire, les projets qui se multiplient. Nous disposons alors de peu d’espace mental pour vivre dans le présent. Nous éprouvons de la difficulté à contempler la beauté du moment. Nous vivons dans la quête effrénée d’une vie plus heureuse, ce qui, par le fait même, entrave notre bonheur. La satisfaction et le contentement ne peuvent jamais être présents à 100%. Nous savourons peu nos progrès ou nos réussites, car nous sommes déjà propulsés dans la planification du prochain succès convoité. Nous avons de la difficulté à ressentir les possibles états d’émerveillement, surtout en ce qui concerne les petites choses simples de la vie.
Cela nous prédispose à l’épuisement. Le thème de l’épuisement sera développé plus loin (voir le chapitre Évitez de vous étourdir au point de vous épuiser, à la page 139), mais retenons pour le moment que, en repoussant trop longtemps nos limites, nous nous plaçons sous le joug d’un état de stress chronique. Le temps défile en accéléré et nous nous sentons régulièrement dépassés par tout ce que nous considérons avoir à faire.
L’épuisement qui en découle se fait sentir tant physiquement que psychologiquement. Nous constatons dès lors une baisse de motivation envers nos occupations et une diminution de notre efficacité générale. Ce que nous faisons perd de son sens. Certaines personnes sont incommodées par un brouillard mental, une baisse d’intérêt, un effritement de la créativité, une angoisse née de l’anticipation de leurs journées, ainsi que des difficultés
de sommeil. Nous pouvons devenir plus sensibles, tristes, voire irritables 56.
Cela alimente notre rigidité. Lorsque nous sommes aux prises avec des tendances perfectionnistes et que nous ressentons une pression à performer, nos idéaux tendent à devenir rigides. Nous ne sommes plus guidés par des codes moraux ou par des attentes flexibles (comme «Idéalement, je m’entraînerais quatre fois par semaine»), mais plutôt par des impositions inflexibles («Je dois m’entraîner quatre fois par semaine»).
Lorsque notre vie est meublée de ces exigences strictes, il n’est pas rare que nous ressentions des vagues d’inconfort, de culpabilité, de remords, voire de mépris. Nous nous tapons sur la tête lorsque nous ne parvenons pas à répondre à ces attentes impossibles. Lorsque nous respectons à la lettre nos critères élevés de performance, nous nous empêchons de vivre dans le flow et d’être à l’écoute de nos limites et de nos besoins. Ceci nous prédispose donc à toutes sortes de dérèglements et même à des blessures physiques.
Parfois, nous projetons cette rigidité sur les gens de notre entourage. C’est alors que nous devenons exigeants, intransigeants, et même contrôlants envers nos proches. Lorsque notre entourage ne répond pas à nos attentes, nous sommes outrés, insultés, fâchés. Puisque nous avons beaucoup d’attentes, nous sommes souvent déçus.
Cela cause des déséquilibres dans nos sphères de vie. Quand nous nous orientons excessivement sur la performance, le cœur de notre existence est envahi par le travail, nos projets et nos ambitions. Notre quotidien est dépourvu de plaisir, car nous priorisons les actions qui produiront des résultats concrets. Nous choisissons ainsi d’éliminer quelques corvées de notre liste de choses à faire, plutôt que d’aller prendre un café avec une amie. Au lieu de contempler le paysage sur notre chemin, nous nous empressons vers la destination. Au lieu d’apprécier la pause mentale que nous offre une séance de course à pied, nous sommes concentrés sur nos statistiques de performance (vitesse, fréquence cardiaque, VO2 max, etc.) et tentons de réaliser un record personnel. Nous sacrifions des moments de détente au profit d’un dossier qui s’éternise, dossier qui, une fois bouclé, sera remplacé par un nouveau.
Pouvons-nous faire quelque chose par pur plaisir, sans que cela serve notre carrière, la réalisation de nos projets ou notre avancement personnel? La notion de loisirs existe pour les autres et ne s’applique pas à nous, faute de temps! Nous négligeons fréquemment certaines sphères de vie indispensables au bien-être, tels l’amitié, la famille, le repos (voir le défi bien-être dans le chapitre Faites-en moins pour le faire mieux, à la page 209).
Cela nous déconnecte de nous-mêmes. En étant dans la constante quête de la perfection, de la réussite ou du prestige, nous nous dissocions de notre ressenti et de nos besoins. Notre corps nous parle, mais nous ne l’entendons plus. Pendant une longue période de ma vie, la surcharge de stress me transformait, et ce, même si je maintenais une alimentation saine et une routine de yoga et d’activité physique régulière. Ma fatigue était camouflée par les décharges d’adrénaline. Je croyais que je n’avais pas le luxe de m’arrêter… Un jour, j’ai eu une prise de conscience impossible à ignorer. J’ai eu peur des réactions de mon corps. Il me parlait et me demandait de l’écouter attentivement. C’est à ce moment que j’ai entrepris une série de changements radicaux dans ma vie.
Vous arrive-t-il d’ignorer une vague de fatigue au profit d’une tâche en cours? De retenir une envie d’aller aux toilettes pour ne pas perdre de temps? De tolérer une faim au lieu d’aller manger? De banaliser une émotion en la mettant sur le dos des hormones ou d’autres facteurs?