En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois

Le syndrome du Whippet

 

J’ai bien ri lorsqu’un jour un de mes clients s’est autoproclamé Whippet73. J’adopte désormais cette métaphore pour parler d’un phénomène bien courant que je vous expose à l’instant. Vous avez possiblement une image en tête de ce fameux biscuit croquant à l’extérieur, moelleux à l’intérieur. Peut-être voyez-vous déjà où je veux en venir en vous parlant du syndrome du Whippet? Nous y succombons tous à différents moments, et certains plus souvent que d’autres.

Le syndrome du Whippet (terme métaphorique et évidemment non diagnostique) fait référence à la carapace que plusieurs individus adoptent pour camoufler une sensibilité intérieure. Tout comme ce biscuit à surface rigide et chocolatée sous laquelle on trouve un remplissage de guimauve suave, il peut nous arriver d’afficher une façade bien différente que ce qui nous habite à l’intérieur. Nous cherchons à protéger une dimension de nous-mêmes plus tendre et vulnérable.

Vous arrive-t-il de réagir de manière agressive quand, au fond, vous vous sentez vulnérable? Vous arrive-t-il de devenir froid et distant lorsque vous vous sentez rejeté ou abandonné? Vous arrive-t-il d’afficher un air confiant et autoritaire lorsque vous ne vous sentez pas réellement à la hauteur dans une situation?

 

La résistance à l’idée d’afficher sa vulnérabilité Ce syndrome peut devenir un mode par défaut qui découle de la croyance qu’être sensible équivaut à être fragile. Il peut provenir de la culture familiale ou professionnelle, lorsque peu de place est accordée à la vulnérabilité humaine. Or, cette carapace risque d’être tout aussi délicate que celle du Whippet. Alors que nous nous efforçons de prétendre que quelque chose nous laisse indifférents, notre réaction émotionnelle vibre d’une tout autre manière. Alors que nous nous acharnons à donner l’image d’un dur à cuire inébranlable, à l’intérieur de nous tout devient guimauve.

Même si cette façade trompeuse aspire à préserver les apparences dans le but d’éviter le jugement et le rejet, elle a paradoxalement pour effet de créer une distance dans nos relations. La chercheuse Brené Brown soutient que la vulnérabilité est la clé des relations humaines de qualité, intimes et profondes. Elle précise que nous montrer authentiquement vulnérables

reflète notre courage de nous afficher et d’être vus tels que nous sommes 74. Guillaume Dulude, spécialiste en communication, renchérit en précisant les points suivants:

 

• La relation est le résultat émotionnel des mécanismes de

vulnérabilisation;

• La vulnérabilité est la pierre angulaire de l’énergie humaine, et

probablement le facteur le plus important en matière de relations interpersonnelles et de stratégies de communication;

• Il existe une relation proportionnelle entre le niveau de vulnérabilité

et la force d’une relation 75.

 

Évidemment, il est pertinent d’adapter l’ampleur de nos dévoilements intimes en fonction du contexte, du type de relation et de l’intention qui sous-tend l’échange. En général, toutefois, il semble que se montrer authentique soit un investissement à grand rendement sur le plan de l’intimité relationnelle. Afficher notre vulnérabilité crée une résonance avec notre interlocuteur lorsque celui-ci est disposé à accueillir nos confidences. Nous lui ouvrons notre cœur, et celui-ci se sent davantage interpellé et motivé à se montrer tout aussi vrai. La profondeur de nos relations sociales est déterminée en grande partie par notre capacité à confier à ceux que nous aimons l’accès à notre monde intérieur.

N’oubliez pas que, sans la guimauve, le Whippet n’est pas un vrai Whippet. Sans cette sensibilité, vous ne seriez pas humain.

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