En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois
Deuxième partie: Stratégies concrètes visant le bien-être
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BOUGEZ, BOUGEZ, BOUGEZ
En 2005, je comptais – bien malgré moi – parmi la proportion de gens qui
souffrent d’une dépression 27 au cours de sa vie (estimée à 20%). Il faut avoir vécu une telle situation pour saisir à quel point le corps s’empare de la raison et effectue un réel shutdown sur le plan des ressources personnelles: la vitalité s’abaisse au niveau d’énergie le plus faible qu’on puisse imaginer, au point que cela s’apparente à une fatigue anémique sévère. La motivation devient inexistante. La concentration se voit bloquée par un brouillard mental. Le sommeil se dérègle et ne semble jamais réparateur. Se lever le matin devient une tâche titanesque tandis que le corps se sent écrasé par une immense lourdeur. Il semble impensable de réussir à survivre une journée entière… et les superhéros peuvent aller se recoucher, car se projeter dans l’avenir devient la vraie mission impossible. Quand j’y repense, on dirait que cette période s’est perdue dans un trou noir au fond du bassin de mes souvenirs. Tout ce dont je me souviens, c’est que c’était lourd, lourd, lourd. Je me sentais inutile, de trop et sans repères.
Je me suis alors tournée vers des traitements conventionnels. J’ai rencontré très brièvement deux thérapeutes. Malheureusement, la connexion entre nous n’était pas optimale. En bon québécois, ça n’a pas «cliqué», et j’ai abandonné mon projet de thérapie pour le reprendre quelques années plus tard. (D’ailleurs, si vous souhaitez entreprendre un suivi, il est possible que vous ne ressentiez pas une grande compatibilité à la première tentative. Ne vous découragez pas!)
J’ai accepté de prendre un antidépresseur, mais je tombais du mauvais côté de la statistique stipulant que de 10% à 30% des gens ne répondent pas
adéquatement aux antidépresseurs28. (Si vous empruntez la voie pharmacologique, je vous conseille de ne pas arrêter au premier médicament si celui-ci ne fonctionne pas. Suivez les recommandations de votre médecin et gardez à l’esprit que chaque personne réagit différemment.)
Me sentant prisonnière de cette dépression, coincée dans mon problème, déconnectée de mon corps, j’ai ressenti une vague d’écœurantite aiguë. Je n’en pouvais plus. Il fallait que je fasse quelque chose pour regagner un brin de sentiment de contrôle et une certaine maîtrise de ma vie au milieu de cette mer d’impuissance. J’ai oublié comment je suis parvenue à l’idée de commencer à bouger. Tout ça s’est fait lentement, graduellement.
D’abord, je me suis entraînée physiquement devant le téléviseur pour me divertir (dans mon état, me rendre à une salle d’entraînement représentait beaucoup trop d’obstacles, la motivation et l’énergie étant des denrées rares). Je me suis mise au défi de bouger 5 minutes le matin. Puis, je l’ai fait pendant 10 minutes, 15 minutes, 20 minutes… Cette activité me reconnectait à mon corps et au moment présent. Elle me sortait de ma tête remplie de pensées noires et drainantes. Petit à petit, je retrouvais ma vitalité. Mon esprit devenait plus clair. Même si je n’avais jamais vraiment envie d’effectuer ces exercices, je profitais d’un sentiment de satisfaction une fois mes défis relevés. J’avançais en faisant quelque chose de concret et je me réjouissais de mes progrès. Autant mon corps avait pu être ma prison, autant je m’émerveillais de le voir capable de dépasser ses limites un peu plus chaque jour.
J’y ai pris goût. En moins d’un an, cette mise en forme à domicile a été remplacée par la course à pied à l’extérieur. Dès que je me suis mise à courir un peu, mon parrain, athlète et adepte de la culture Ironman, m’a inscrite à une première course. Je croyais qu’il choisirait pour moi une course de 10 km, mais non, il m’a plutôt inscrite à un demi-marathon, soit 21,1 km! Ce fut le premier d’une série. Quelques années plus tard, j’ai fait un marathon complet, soit 42,2 km.
C’est ainsi que la course à pied est devenue ma méditation active. D’ailleurs, mes plus grandes inspirations ayant servi à écrire ce livre et le précédent sont survenues au cours des longues courses dans la nature où ma tête était libre de déployer sa créativité. L’activité physique en soi est à ce jour mon plus précieux antidépresseur, un pilier essentiel à mon équilibre.