En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois

Accepter ses émotions plutôt que résister

Cette charge allostatique fait référence à l’usure systémique qui découle d’une surcharge de stress et d’un état de déstabilisation prolongée. Pour simplifier, c’est l’idée qu’à la longue, notre réponse au stress cause du stress supplémentaire à notre corps. Les conséquences de la surcharge allostatique sont multiples: troubles cardiovasculaires (haute pression, risque accru d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral [AVC]), désordres métaboliques (obésité, diabète, athérosclérose), problèmes immunitaires (inflammation systémique, maladies auto-immunes, immunosuppression, plus grande vulnérabilité au développement de maladies), chamboulements endocriniens (irrégularité dans le cycle menstruel, aménorrhée, infertilité), complications neurologiques (atrophie neuronale, diminution du volume de certaines régions du cerveau affectant, entre autres, la mémoire). La charge allostatique est également largement associée aux troubles psychiatriques, aux maladies physiques et au risque de mortalité précoce. Bref, notre organisme fonctionne beaucoup mieux lorsqu’il reste à l’intérieur de sa fenêtre de tolérance au stress.

 

Accepter ses émotions plutôt que résister Revenons à nos moutons: est-ce être faible que d’être émotif? Nous avons tous des seuils personnels d’émotivité, de sensibilité et de tolérance au stress qui varient selon notre génétique, notre tempérament, les circonstances, les hormones, les cycles de vie, les saisons et une variété d’autres facteurs. Si nous ressentons une émotion forte, elle nous informe tout de même de quelque chose. Elle ne vient pas de nulle part. Lorsque nous résistons aux émotions qui font surface, nous contribuons à cette charge allostatique si nuisible à notre corps et à notre cerveau.

Assurons-nous d’accueillir nos émotions lorsqu’elles émergent, ou de prévoir un moment opportun pour les vivre. Évitons de les ignorer complètement. S’empêcher de vivre ses émotions, c’est comme rejeter une partie de soi-même. Nous ne pouvons escamoter l’émergence de nos émotions, tout comme nous ne pouvons freiner un gargouillement gastrique qui nous informe d’une faim. Tout comme nous ne pourrons contrôler la séquence déclenchée par notre chef, notre hypothalamus. Nous pouvons, cependant, déployer des stratégies pour mieux naviguer à travers ces fluctuations, les accepter et cultiver notre bien-être.

Il peut être tentant d’invalider nos émotions en adoptant des croyances comme «Le temps va régler les choses», «Je m’en fais pour rien», ou «Je n’ai pas à me plaindre, d’autres que moi vivent des choses beaucoup plus difficiles». Et si les émotions qui émergent se rattachaient à des enjeux plus profonds et plus anciens qui n’ont pas encore été «digérés et métabolisés»? Et si cette situation que vous décrivez comme banale était la petite porte qui allait permettre à d’anciennes émotions enfouies de se libérer?

Cette proposition me rappelle Marie-Soleil, qui, pendant une séance de psychothérapie, me parlait d’une situation qui l’avait bouleversée «de manière démesurée», pour reprendre ses mots. Elle avait pris en pitié de petits lapins adorables coincés dans des cages minuscules installées derrière un restaurant; ils étaient exposés au soleil, sans ombre, sans eau, sans aucun pouvoir d’agir pour améliorer leur sort, en pleine canicule. Elle avait été envahie par une profonde tristesse et par l’impulsion obsédante de trouver une façon d’ouvrir les cages pour les libérer. Son conjoint l’en avait empêchée pour éviter d’éventuelles poursuites judiciaires. Résultat: l’image des lapins la hantait depuis plusieurs jours. Juste à m’en parler, ses larmes coulaient à flots. Elle ne comprenait pas pourquoi cette situation l’affectait autant. Elle croyait que même une personne qui ne tolère pas la cruauté animale n’aurait pas été perturbée à ce point. Pour sa part, elle était rongée par un sentiment d’impuissance écrasant et par la douloureuse culpabilité de n’avoir rien fait pour les sauver, disait-elle.

En explorant ses enjeux avec elle, et en l’aidant à accueillir toute la gamme de ses émotions sans jugement, elle a pu faire des liens évocateurs entre cette situation et son propre passé, marqué d’abus et de domination, avec ses propres schémas d’impuissance. Inconsciemment, une partie d’elle s’était identifiée à ces pauvres lapins impuissants, sans voix et emprisonnés dans des cages, qui avaient si peu d’espace pour bouger. Elle se sentait – même adulte – régulièrement sans voix et démunie de son pouvoir d’agir, malgré le fait qu’elle n’était plus contrainte de vivre des situations intolérables. Nous avons, elle et moi, travaillé de manière qu’elle puisse reconquérir sa voix, se réapproprier son pouvoir d’agir et se rappeler qu’elle n’est plus un lapin encagé. Elle est aujourd’hui à l’extérieur de la cage. Elle a le droit d’agir, de s’exprimer et de se faire entendre. Il existe peu de choses aussi gratifiantes que d’être le témoin d’une personne qui se libère de sa prison et qui apprend à vivre pleinement en exerçant son droit d’exister.