En attendant le psy: prendre sa santé psychologique en main un défi à la fois

La juste proportion entre discipline et aisance

— Viens, on va courir une heure!

— Ah non… c’est moins exigeant de demeurer sur le divan à ne rien faire… Prenons ça relax, aujourd’hui.

— Allez, viens, ça va te faire du bien! Tu es toujours contente après!

— Bof, ça requiert de l’effort. Je ne déborde pas d’énergie. Ça serait tellement plus simple de rester ici.

— Cesse tes excuses. Fatiguée ou non, on y va.

— Ça ne me tente pas.

Incarnerais-je la bienveillance si j’étais en tout temps à l’écoute de mon mode doux, si j’étais toujours celle qui souhaite flâner au lit jusqu’à midi du lundi au dimanche? Serait-ce vraiment dans l’intérêt de mon corps qui en fait tant pour moi et de mon cerveau qui est à mon service et au service des autres? Être bienveillant ne veut pas dire choisir la facilité! Ne pas se fixer d’objectifs n’est pas synonyme de bienveillance envers soi-même; ce ne serait pas une façon efficace de prendre soin de soi au long cours. En revanche, serait-ce de la bienveillance que d’écouter uniquement mon mode intense, lui qui m’imposerait une cascade d’attentes et d’exigences dans un cadre rigide muni de «il faut / je dois» et de leurs variantes? Bref, la bienveillance implique de concilier la rigueur et la douceur, de donner le meilleur de soi-même, sans pour autant s’imposer de trop grandes exigences.

Voici donc la suite de leur conversation lorsqu’un équilibre indulgent s’installe:

— On y va un peu et on verra comment ça se passe.

— OK, mais si c’est trop désagréable, on arrête.

— D’accord. Marché conclu. Ou bien on ralentit. On réévaluera ce qu’on fait au fur et à mesure.

 

La juste proportion entre discipline et aisance L’équilibre bienveillant peut s’appliquer à toute action lorsque l’on cible une juste proportion entre la rigueur et la douceur, entre la discipline et

l’aisance105. Il est possible de se mobiliser pour une action (rigueur), tout en étant dans le flow du moment et donc à l’écoute de nos états internes et de nos besoins (douceur). Dans ce flow, nous ne sommes pas orientés à tout prix sur la finalité de l’objectif ni focalisés sur nos attentes. Nous sommes centrés sur le processus. La tâche s’effectue dans un état de douceur, de plaisir et d’indulgence, et non dans la rigidité, la dévalorisation ou la punition.

Ainsi, dans cette attitude de bienveillance, nous établissons tout autant de routines et nous nous fixons des objectifs, mais nous laissons toujours place à la flexibilité. Le symbole du yin et du yang que nous connaissons tous illustre bien ce principe d’équilibre de la bienveillance – tant la rigueur que la douceur sont nécessaires, et l’un s’imbrique dans l’autre dans un état d’harmonie optimal.

 

Alors que, dans le passé, je n’aurais écouté que la voix de mon résident intense avec une rigidité militaire, je m’efforce désormais d’écouter mon autre locataire mental qui exprime des besoins différents. Au fil de toute activité, mes parties de moi communiquent entre elles et s’écoutent mutuellement. Cette synergie rend la tâche plus fluide, agréable et nourrissante. Je suis d’ailleurs devenue allergique à toute forme de rigidité trop stricte. Étonnamment, je ne crois pas être moins efficace qu’avant… et je ne suis certainement pas paresseuse.

Comme monsieur Cloutier en est venu à le constater, la bienveillance s’installe principalement entre les deux oreilles. Il a compris qu’il pouvait accomplir le même nombre de choses dans une journée, tout en étant indulgent envers sa personne. Plutôt que de commencer sa journée avec des ordres («Il faut que je tonde la pelouse, que je m’entraîne et que je répare la moustiquaire. Allez, mobilise-toi et ne sois pas paresseux!»), il peut approcher la même liste de tâches avec douceur et flexibilité («Idéalement, j’accomplirai tout cela. Prenons-les une à la fois.»).

 

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