Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 7 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Naissance de Vénus

Si le dieu chante, il rompt le site tout-puissant ; Le soleil voit l’horreur du mouvement des pierres ; Une plainte inouïe appelle éblouissants

Les hauts murs d’or harmonieux d’un sanctuaire.

Il chante, assis au bord du ciel splendide, Orphée ! Le roc marche, et trébuche ; et chaque pierre fée Se sent un poids nouveau qui vers l’azur délire !

D’un Temple à demi nu le soir baigne l’essor,

Et soi-même il s’assemble et s’ordonne dans l’or A l’âme immense du grand hymne sur la lyre !

 

NAISSANCE DE VÉNUS

 

De sa profonde mère, encor froide et fumante, Voici qu’au seuil battu de tempêtes, la chair

Amèrement vomie au soleil par la mer,

Se délivre des diamants de la tourmente.

Son sourire se forme, et suit sur ses bras blancs Qu’éplore l’orient d’une épaule meurtrie,

De l’humide Thétis la pure pierrerie,

Et sa tresse se fraye un frisson sur ses flancs.

Le frais gravier, qu’arrose et fuit sa course agile, Croule, creuse rumeur de soif, et le facile

Sable a bu les baisers de ses bonds puérils ;

Mais de mille regards ou perfides ou vagues,

Son œil mobile mêle aux éclairs de périls

L’eau riante, et la danse infidèle des vagues.

 

FÉERIE