Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 33 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Le vin perdu

Vous ont fait d’orgueil travaillées

Craquer les cloisons de rubis,

Et que si l’or sec de l’écorce

A la demande d’une force

Crève en gemmes rouges de jus,

Cette lumineuse rupture

Fait rêver une âme que j’eus

De sa secrète architecture.

 

LE VIN PERDU

 

J’ai, quelque jour, dans l’Océan,

(Mais je ne sais plus sous quels cieux),

Jeté, comme offrande au néant,

Tout un peu de vin précieux…

Qui voulut ta perte, ô liqueur ?

J’obéis peut-être au devin ?

Peut-être au souci de mon cœur,

Songeant au sang, versant le vin ?

Sa transparence accoutumée

Après une rose fumée

Reprit aussi pure la mer…

Perdu ce vin, ivres les ondes !…

J’ai vu bondir dans l’air amer

Les figures les plus profondes…

 

INTÉRIEUR