Œuvres (Pléiade), tome I
L’oiseau cruel…
De l’âme sombre et souveraine ?
Voici L’HEURE, la soif, la source et la sirène.
Pour toi, le passé brûle, HEURE qui m’assouvis ; Enfin, splendeur du seul, ô biens que j’ai ravis, j’aime ce que je suis : ma solitude est reine !
Mes plus secrets démons, librement asservis
Accomplissent dans l’or de l’air même où je vis Une sagesse pure aux lucides avis :
Ma présence est toute sereine.
Voici l’HEURE, la soif, la source et la sirène,
Danseras-tu longtemps, rayon, sur le parvis
Du soir, devant l’œil noir de ma nuit souveraine ?
L’OISEAU CRUEL…
L’oiseau cruel toute la nuit me tint
Au point aigu du délice d’entendre
Sa voix qu’adresse une fureur si tendre
Au ciel brûlant d’astres jusqu’au matin.
Tu perces l’âme et fixes le destin
De tel regard qui ne peut se reprendre ;
Tout ce qui fut tu le changes en cendre,
O voix trop haute, extase de l’instinct…
L’aube dans l’ombre ébauche le visage
D’un jour très beau qui déjà ne m’est rien :
Un jour de plus n’est qu’un vain paysage,
Qu’est-ce qu’un jour sans le visage tien ?
Non !… Vers la nuit mon âme retournée
Refuse l’aube et la jeune journée.