Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 39 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

L’oiseau cruel…

De l’âme sombre et souveraine ?

Voici L’HEURE, la soif, la source et la sirène.

Pour toi, le passé brûle, HEURE qui m’assouvis ; Enfin, splendeur du seul, ô biens que j’ai ravis, j’aime ce que je suis : ma solitude est reine !

Mes plus secrets démons, librement asservis

Accomplissent dans l’or de l’air même où je vis Une sagesse pure aux lucides avis :

Ma présence est toute sereine.

Voici l’HEURE, la soif, la source et la sirène,

Danseras-tu longtemps, rayon, sur le parvis

Du soir, devant l’œil noir de ma nuit souveraine ?

 

L’OISEAU CRUEL…

 

L’oiseau cruel toute la nuit me tint

Au point aigu du délice d’entendre

Sa voix qu’adresse une fureur si tendre

Au ciel brûlant d’astres jusqu’au matin.

Tu perces l’âme et fixes le destin

De tel regard qui ne peut se reprendre ;

Tout ce qui fut tu le changes en cendre,

O voix trop haute, extase de l’instinct…

L’aube dans l’ombre ébauche le visage

D’un jour très beau qui déjà ne m’est rien :

Un jour de plus n’est qu’un vain paysage,

Qu’est-ce qu’un jour sans le visage tien ?

Non !… Vers la nuit mon âme retournée

Refuse l’aube et la jeune journée.