Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 67 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Petites choses

La mer élève et recreuse des tombes,

La même eau creuse et comble le ravin.

Homme hideux, en qui le cœur chavire,

Ivrogne étrange égaré sur la mer

Dont la nausée attachée au navire

Arrache à l’âme un désir de l’enfer,

Homme total, je tremble et je calcule,

Cerveau trop clair, capable du moment

Où, dans un phénomène minuscule,

Le temps se brise ainsi qu’un instrument…

Maudit soit-il le porc qui t’a gréée,

Arche pourrie en qui grouille le lest !

Dans tes fonds noirs, toute chose créée

Bat ton bois mort en dérive vers l’Est…

L’abîme et moi formons une machine

Qui jongle avec des souvenirs épars :

Je vois ma mère et mes tasses de Chine,

La putain grasse au seuil fauve des bars ;

Je vois le Christ amarré sur la vergue !…

Il danse à mort, sombrant avec les siens ;

Son œil sanglant m’éclaire cet exergue :

UN GRAND NAVIRE A PÉRI CORPS ET BIENS !…

 

PETITES CHOSES

 

AU-DESSOUS D’UN PORTRAIT

QUE si j’étais placé devant cette effigie

Inconnu de moi-même, ignorant de mes traits, A tant de plis affreux d’angoisse et d’énergie Je lirais mes tourments et me reconnaîtrais.