Œuvres (Pléiade), tome I
Aphorisme
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La fin du jour est femme.
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DEVISES
POUR un cadran solaire :
LVX - DVX
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Pour une bibliothèque :
PLVS ELIRE QVE LIRE
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Pour un songe :
PLAIS OV CESSE
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Celui qui sourit et qui se tait
regarde un sablier invisible.
SOUVENIR
Dans certains états des choses de ma vie, il arriva que le travail de poésie me fut une manière de me séparer du « monde ».
J’appelle « monde », ici, l’ensemble d’incidents, d’injonctions, d’interpellations et de sollicitations de toute espèce et de toute intensité, qui surprennent l’esprit sans l’illuminer en lui-même, qui l’émeuvent en le déconcertant, qui le déplacent du plus important vers le moins…
Il n’est pas mauvais que certains hommes aient la force d’attacher plus de conséquence et de prix à la détermination d’une lointaine décimale ou de la position d’une virgule, qu’à la nouvelle la plus retentissante, à la catastrophe la plus considérable, ou à leur vie même.
Ceci me donne à songer que l’un des avantages de l’observance des formes conventionnelles dans la construction des vers, consiste dans l’extrême attention au détail que développe cette discipline, quand on la conçoit ordonnée à la musicalité continue et à l’enchantement de perfection constante, que doit (au sentiment de quelques-uns) offrir un véritable poème. L’absence de prose en résulte, c’est-à-dire, de rupture. S’éloigner de l’arbitraire ; se fermer à l’accidentel, à la politique, au désordre des événements, aux fluctuations de la mode ; essayer d’extraire de soi quelque ouvrage un peu plus exquis qu’on ne l’eût d’abord attendu ; se trouver la puissance de ne se satisfaire qu’au prix de très longs efforts et d’opposer une recherche passionnée de solutions généralement imperceptibles à l’entraînement et aux diversions même pathétiques venues de l’univers d’autrui, cela me plaît.
Je ne regrette point quatre années passées à tenter chaque jour de résoudre des problèmes de versification très sévères.
C’était un temps d’affres générales, de cœurs serrés, de fronts chargés, d’esprits tendus, muets en eux-mêmes ou dévastés par les nouvelles, les attentes, les déceptions, les hypothèses insensées. Dans ces circonstances formidables, que faire, quand l’on ne pouvait que subir, et que l’on était destitué de toute action qui répondît à l’excitation extraordinaire d’une furieuse époque du monde ?
Il ne fallait rien moins, peut-être, que les plus vaines et les plus subtiles des recherches : celles qui s’appliquent aux combinaisons délicates des multiples valeurs du langage simultanément composées, pour exciter, car elles l’exigent, toute la volonté, et toute l’obstination dans cette volonté, qui pussent maintenir une part de l’esprit à l’abri des terribles effets de l’attente anxieuse, des résonances, des rumeurs, des imaginations et des contagions de l’absurde.