Œuvres (Pléiade), tome I
Hélène
Ta sœur, la grande rose où sourit une sainte,
Parfume ton front vague au vent de son haleine Innocente, et tu crois languir… Tu es éteinte
Au bleu de la croisée où tu filais la laine.
HÉLÈNE
Azur ! c’est moi… Je viens des grottes de la mort Entendre l’onde se rompre aux degrés sonores, Et je revois les galères dans les aurores
Ressusciter de l’ombre au fil des rames d’or.
Mes solitaires mains appellent les monarques
Dont la barbe de sel amusait mes doigts purs ; Je pleurais. Ils chantaient leurs triomphes obscurs Et les golfes enfuis aux poupes de leurs barques.
J’entends les conques profondes et les clairons Militaires rythmer le vol des avirons ;
Le chant clair des rameurs enchaîne le tumulte,
Et les Dieux, à la proue héroïque exaltés
Dans leur sourire antique et que l’écume insulte, Tendent vers moi leurs bras indulgents et sculptés.
ORPHÉE
… Je compose en esprit, sous les myrtes, Orphée L’Admirable !… Le feu, des cirques purs descend ; Il change le mont chauve en auguste trophée
D’où s’exhale d’un dieu l’acre retentissant.