Œuvres (Pléiade), tome I
Amphion
MÉLODRAME
MUSIQUE D’ARTHUR HONEGGER
Représenté pour la première fois
à l’Opéra de Paru le 23 juin 1931
et à Covent Garden le 13 juillet 1931
à Ida Rubinstein.
PERSONNAGES
AMPHION
APOLLON (invisible) LES QUATRE MUSES Les Rêves
Le Peuple
Une brèche ou fente immense dans la roche du sommet d’une
montagne se découpe sur le ciel, qui est visible depuis le haut du théâtre jusqu’au niveau de la scène.
L’étage inférieur des deux masses rocheuses de droite et de
gauche est planté d’arbres puissants, chênes, hêtres, châtaigniers. Au-dessus, paraît la région minérale nue. Vers la cime de droite, la roche affecte des formes cristallines, faisceaux de prismes enchevêtrés, dont quelques facettes sont vaguement lumineuses. Un peu de neige brille çà et là sur ces hauteurs.
Au milieu de la scène, une mare ou fontaine d’eau sombre.
Autour d’elle se dressent des blocs de granit ou de basalte. Tout un
désordre de tels blocs s’aperçoit au fond et ferme la brèche vers le bas.
Dans les régions boisées sont ménagés des chemins et des plans
praticables où des scènes secondaires peuvent se représenter.
Le ciel nocturne devra être exécuté d’après les photographies de
la Voie Lactée. Poussières de poussières lumineuses, avec quelques autres de diverse grandeur et de noirs vides çà et là.
Au lever du rideau, des créatures nocturnes dansent par petits
groupes, en divers points du paysage. Elles disparaissent, n’étant demeurées visibles que le temps d’être aperçues dans les ténèbres transparentes.
Entrent de droite et de gauche des hommes et des femmes qui se
cherchent, se parlent par signes, se disposent sous les arbres. Ils se préparent au repos, rentrent bientôt dans les ombres du couvert.
On entend dans le calme l’Harmonie des Sphères. Note aiguë et inhumaine, suggérant une rotation vertigineuse
confiante.
Sur cette note monotone se détache bientôt le
CHANT DES SOURCES
(Voix d’enfants.)
Nous, Sources, goutte à goutte
Pleurons le temps mortel !
Des larmes de la neige
Découle toute vie,
Par nous pleure la Terre
Pleurant jusqu’à la mer.
Entrée d’Amphion.
Une brève et sourde fanfare, ou bien quelques traits rauques
annoncent l’entrée d’Amphion. Il apparaît, maintenant courbé quelque être sauvage, bête, femelle monstrueuse, ou œgipan. Il pèse sur cet être, le force à s’abattre à ses pieds. Tirant un glaive court, il s’apprête à l’égorger.
UNE VOIX
Pourquoi ? Pourquoi ?
Laisse vivre la vie…
Laisse la mort aux mains des immortels !
Amphion se redresse, jette son arme. La proie s’enfuit vivement.
Amphion, après un instant d’hésitation, se dirige vers une sorte de grotte ou excavation très peu profonde ; il se dépouille de la peau qui couvrait ses épaules, s’assied, contemple le ciel étoilé.
Puis s’allonge et s’endort.
LES RÊVES
Le ciel étoilé s’obscurcit peu à peu.
Sur le champ des ténèbres viennent les Rêves visiter le dormeur.
Deux guerriers couleur de sang l’attaquent. Un monstre les dévore. Des personnages vêtus de bigarres lambeaux. Un Roi d’argent, etc.
Amphion se débat dans les liens du sommeil.
Paraît le Songe Amoureux, que figure une danseuse quasi nue
sous un long manteau. Elle s’empresse autour de lui, le caresse, se joue, s’envole à chaque mouvement du dormeur Amphion.
LES MUSES
Entrée des Muses.
UNE MUSE sort de la fontaine et appelle :
Muse !
UNE DEUXIÈME MUSE surgit d’un roc et appelle :
Muse !
UNE TROISIÈME ET QUATRIÈME MUSES
semblent se détacher des rameaux d’un grand hêtre
et appellent de même :
Muse ! Muse !
Ces appels à mezza voce et presque simultanés. Elles portent de petites ailes au front.
Elles se trouvent dans l’ombre, où elles forment des figures
éclairées. Elles s’assemblent, se prennent leurs mains.
PREMIÈRE MUSE
Je vois ce qui n’est point !
DEUXIÈME MUSE
Je sais ce qui n’est plus !
TROISIÈME MUSE
Je fais ce qui sera !
QUATRIÈME MUSE
Moi, je ne puis qu’aimer !
PREMIÈRE MUSE
Mes sœurs ! Belles abeilles,
Obéissons au Dieu, consacrons ce mortel !
DEUXIÈME MUSE
Aux enfers du sommeil son âme se débat !
TROISIÈME MUSE
Il soupire !
QUATRIÈME MUSE
Il se plaint !
DEUXIÈME MUSE
Il désire…
PREMIÈRE MUSE
Il croit vivre !…
Prenons garde, mes sœurs, que l’excès du tourment Avant l’aube ne le délivre !
A l’ouvrage !
Mais dissipons d’abord ce désordre de songes !
Combat des Muses avec les Rêves.
Elles chassent et dissipent les Rêves. Le dernier épisode est me
lutte gracieuse avec le Songe Amoureux.
ÉPISODE LITURGIQUE
LITURGIE
La scène s’obscurcit tout à fait. Sur les ténèbres, le seul groupe
est éclairé, Amphion d’une lueur argentée, les Muses d’une clarté bleuâtre.
A. — ENCHANTEMENT
Les Muses charment Amphion endormi, prodiguent sur lui des
gestes d’enchantement, circulent autour de sa couche en murmurant la psalmodie ou
BERCEUSE MAGIQUE
Homme qui dors,
La nuit t’éclaire
Et le silence
Est fait de Muses !
Amphion change d’attitude. Comme il lève le bras, l’une des
Muses lui baise la main et le rapaise.
B. — LITURGIE, SOLENNEL
Les Muses se groupent alors autour d’Amphion dans une forme
solennelle. Une aux pieds, l’autre à la tête, les deux autres au delà de son corps, face au public.
Elles tournent le visage vers le Ciel, tendent les mains.
CHŒUR DES MUSES
De l’intelligence divine,
Chères filles toutes fidèles,
Ce beau sommeil apaisé par nos mains
Livre cet homme au Dieu !
UNE MUSE
Oh ! quelle sainte paix sur ce visage pur !
UNE MUSE
Il s’y forme un sourire abandonné aux astres…
UNE MUSE
Ce corps si clair, si calme, est pareil à l’autel,
A la pierre sacrée…
UNE MUSE
Et son âme a perdu les chemins de la vie.
UNE MUSE
Il est comme éternel, ignoré de soi-même !
UNE MUSE
Il n’est plus à présent que celui qu’il sera !
Qu’il écoute l’abîme !
Tonnerre lointain.
Les Muses se prosternent.
VOIX D’APOLLON.
(La Voix doit paraître se produire au milieu de la scène.)
Amphion !
LES MUSES
Apollon !
LES ÉCHOS (Basses profondes.)
Apollon !
CHŒUR DES MUSES
Je te salue au sein de la parfaite nuit,
Maître de la lumière !
Qu’il est doux au milieu des ombres
D’ouïr la parole puissante !
UNE MUSE
O Cause du Soleil, les ténèbres t’adorent,
Et les faibles humains
Songent dans leur sommeil d’une splendide aurore
Qui tombe de tes mains !
UNE MUSE
Visite ce mortel ! Émerveille son cœur !
Que son démon docile obéisse à la voix
De la Sainte Sagesse,
Apollon !
LES ÉCHOS
A-pol-lon !
CHŒUR DES MUSES
Frappe, ô Dieu, frappe, éclaire, illumine,
De ta voix éternelle,
Frappe celui-ci, Amphion !
Comme le pur soleil frappe au sommet du mont Et fait étinceler la cime la plus haute !
Frappe, ô Dieu ! Viens, ô Dieu !
LES ÉCHOS
O Dieu !
Tonnerre lointain.
Les Muses prosternées. Offrande.
La clarté qui est sur Amphion se dore.
VOIX D’APOLLON Amphion !… Je t’ai choisi !
Entre mille, entre tous,
Comme choisit l’amour,
Comme une cime est choisie de la foudre,
Je t’ai choisi !
Écoute !
Ame toute profonde, écoute et reçois Apollon !
Frémissement d’Amphion.
LES MUSES
Apollon !
LES ÉCHOS
Apollon !
VOIX D’APOLLON
Écoute !
Je veux être par toi présent et favorable
A la race mortelle.
Je place en toi l’origine de l’ordre,
J’habiterai ton moment le plus pur,
Et désormais s’accompliront
Sur la face de la terre
Des actes vénérables
Où paraîtra la céleste sagesse !
Je te confie l’invention d’Hermès !
Je te remets l’arme prodigieuse,
La Lyre !
Frémissement.
Amphion, Amphion,
Éveille le son vierge et triomphe par lui !
Tu chercheras, tu trouveras sur les cordes bien tendues Les chemins que suivent les Dieux !
Sur ces chemins sacrés les âmes te suivront
Et l’inerte matière et les brutes charmées
Seront captives de la Lyre !
Arme-toi de la Lyre ! Excite la nature !
Que ma Lyre enfante mon Temple,
Et que le roc s’ébranle au nom du Nom Divin ! Tire-moi du chaos ces ruines des monts,
Offre-moi dès l’aurore un sanctuaire clair,
Qu’une immense cité l’entoure de prières,
Et que tes mains vers moi s’élèvent
Pour m’offrir ce que j’ai créé !
Amphion !
LES MUSES
Apollon !
LES ÉCHOS
A-pollon !
Les Échos dispersent et diversifient le nom du Dieu.
VOIX D’APOLLON (Dolce.)
Et vous, délicieuses,
Muses toutes fidèles,
O chères, ô pieuses,
O sages, ô diverses !
Aimez-le, gardez-le !… Mais sachez que pour lui Il n’est plus de bonheur… Il ne vit que pour moi ! Je l’ai choisi,
Comme une cime est choisie de la foudre !
Tonnerre sourd.
Les Muses se relèvent. Tilles baisent les pieds, les mains, le front
d’Amphion.
CHŒUR LOINTAIN
Amphion, sois miracle
Et du miracle admirable victime !
Nuit presque totale. On entend les Muses qui appellent dans
l’ombre :
LES MUSES
Muse ! Muse ! Muse !
La lumière revient peu à peu et se teinte progressivement des
couleurs de l’aurore. Les Muses ont disparu. On aperçoit la Lyre et le Plectre aux pieds d’Amphion. Rumeur vague de la nature vivante qui se réveille.
Cris d’oiseaux. Murmure des eaux.
Reprise du Chant des Sources. Un être semi-animal bondit poursuivi par un autre. A peine
enfuis, on voit des hommes et des femmes sortir des bois. Les uns courent en chasse, les autres se hâtent vers divers travaux. Une femme vient puiser à la fontaine. Une autre s’y mirer, et d’échevelée qu’elle était se fait nattée et coiffée. Des enfants jouent et se querellent. Amphion s’agite.
RÉVEIL D’AMPHION
Pendant cette scène, les divers personnages se retirent peu à peu.
L’orchestre rythme les actes successifs d’Amphion.
Il s’accoude, contemple. Stupeur et actes du réveil. Il s’assied
brusquement sur sa couche, se dresse, fait quelques pas, aspire l’air du matin. Il descend vers la fontaine et y boit longuement.
Il danse comme pour se délier les membres. Ramené par cette
ébauche de danse au lieu de son sommeil, il aperçoit la Lyre. La Lyre doit être conforme à la description de Philostrate et autres anciens.
Amphion la contemple avec étonnement. Il la saisit, la manie
curieusement ; s’avance vers le spectateur, la brandit par l’une des cornes, en détache le Plectre qui y était attaché par une cordelette d’or.
I
Il frappe tout à coup… Une corde vibre. Son rauque et puissant,
auquel répond un violent coup de tonnerre.
Un bloc se renverse à grand bruit.
Des personnages surgissent épouvantés, d’autres entrent, se
heurtent, ébauchent une lutte, et sortent en combattant furieusement. Effet panique. Stupeur et terreur d’Amphion. Il regarde la Lyre avec une crainte sacrée. Il revient à soi. Il tente un nouvel essai.
II
Deuxième son. — Une autre corde touchée rend un son délicieux.
Quelques roches sans bruit se dressent ou roulent ou glissent vers le héros. Des amants et des amantes paraissent, se tendent les bras, se nouent et s’éloignent lentement.
Amphion repose la Lyre, la considère et se recueille. Il s’est assis sur une pierre au bord de l’eau en laquelle paraît
son image.
Son rêve peu à peu lui revient à l’esprit.
On entend vaguement la Berceuse des Muses murmurée à bouche
fermée.
Amphion se relève et invoque le Ciel.
SCÈNE
LES MUSES INVISIBLES
Amphion !
AMPHION
Qui m’appelle ?
LES MUSES
Toi-même !
(Psalmodié.) Qu’il te souvienne de toi-même !
AMPHION (Parlé.)
I
Qui parle ?… Il me souvient… Une voix souveraine Une voix sans visage a parlé dans la nuit…
N’ai-je pas entendu des paroles fatales ?
— Retrouverai-je les chemins
Des merveilles de l’ombre ?
II
O voix toute-puissante !
On a dit… On parlait…
Comme l’abîme étoilé eût parlé,
Lui qui semble toujours,
Par le silence et par les astres,
Interroger la race misérable
Aux âmes éphémères !
III
Il a dit… Le Ciel-qui-parle
A dit :
(Mélodrame.)
« AMPHION !
« Je t’ai choisi !… Comme choisit l’amour !
« Comme une cime est choisie de la foudre !
« Je t’ai choisi !
« Je te remets l’arme prodigieuse,
« La Lyre !…
« Arme-toi de la Lyre ! Éveille le son vierge !
« Que ma Lyre enfante mon Temple !… »
(Bien scandé.
Presque chanté.
Voix de visionnaire coupée, haletante.)
IV
Arme mystérieuse, quel pouvoir est le tien !
O grande Arme qui donnes la vie et non la mort ! Toi dont les traits divins Percent l’âme du monde ! A peine j’effleurai tes cordes d’or
Par le Dieu durement tendues,
Ciel et Terre ont frémi !
Et j’ai senti la roche tressaillir
Comme la chair d’une femme surprise !
J’ai vu
La fureur et l’amour naître dans les mortels,
La fureur et l’amour s’épandre de mes mains !…
V
Ai-je blessé, heurté,
Charmé, peut-être,
Le Corps secret du monde ?
Ai-je sans le savoir,
Ému la substance des cieux,
Et touché l’Être même que nous cache
La présence de toutes choses ?
Me voici donc plus puissant que moi-même,
Voici que je me trouve étrange et vénérable
Pour moi-même,
Égaré dans mon âme, et maître autour de moi ! Et je tremble comme un enfant Devant ce que je puis !
VI
Apollon, Apollon, je t’obéirai !
Formant tes dessins sur la Lyre
Mes doigts sont dieux,
Mon cœur précède les humains !
VII
J’attaquerai le désordre des roches !
Mes actes purs
Vont asservir à l’œuvre sans exemple
Les ruines des monts, les monstres écroulés Tombés des flancs sublimes !
VIII
Apollon, mon seigneur, est avec moi !
Je poursuivrai l’ouvrage et la beauté comme une proie ! Apollon me possède, il sonne dans ma voix,
Il vient soi-même édifier son Temple,
Et la Cité qui doit paraître aux yeux des hommes Est déjà toute conçue étincelante
Dans les Hautes Demeures des Immortels !
Amphion ressaisit Lyre et Plectre, les montre au ciel ; il s’apprête
à jouer, plein d’assurance et d’enthousiasme.
Il frappe les cordes.
Son immense et prolongé, accord éclatant, aussi riche que les
ressources de l’art peuvent le produire.
Toute la nature vibre. Les Échos répercutent multiplement cette
attaque.
La scène se peuple à divers plans de personnages attirés par le
son.
Amphion prélude. Ici création des gammes.
Il exécute, lyre en mains, une sorte de danse sacrée circulaire. Il
se place ensuite sur un tertre au bas des roches de droite. Il crie :
PAR APOLLON !
CONSTRUCTION
Tout l’atte de la construction exige une coordination aussi
parfaite que possible entre la mimique, la figuration et la musique, laquelle est ici souveraine maîtresse et doit commander l’action des personnages et des matériaux mouvants.
A. — PREMIÈRE PHASE
Marche des Pierres.
Des blocs se soulèvent, se déplacent soit par bonds pesants, soit
en roulant sur les pentes ; ils se dirigent de la droite du spectateur vers la gauche. Le Temple devant s’édifier sur le profil de rochers de gauche, un peu au-dessous de la crête, la façade invisible sera supposée tournée vers le fond à droite.
La Marche des Pierres se dessine sur le fond chantant de
l’orchestre par des rythmes très marqués et accidentés qui se classent, s’ordonnent peu à peu.
CHŒUR INVISIBLE
O Miracle ! O Merveille !
Le roc marche ! la terre est soumise à ce dieu,
Quelle vie effrayante envahit la nature ?
Tout s’ébranle, tout cherche l’ordre,
Tout se sent un destin !
B. — DEUXIÈME PHASE
La construction s’ébauche. Des parties d’architecture paraissent
sur les flancs de la montagne. Murs, entablement, corniches se substituent au rocher dont les profils irréguliers prennent des lignes nettes. La silhouette du temple s’établit. Un petit édifice formé de quelques danseuses vêtues de tuniques s’assemble et se poste sur me saillie.
Alors paraissent les Muses, vêtues d’or et porteuses de
chapiteaux d’or en guise de coiffure. Elles vont solennellement se ranger comme colonnes du temple. S’il était possible, elles devraient descendre des hauteurs de gauche.
CHŒUR DES MUSES-COLONNES
Filles des nombres d’or,
Fortes des lois du Ciel,
Sur nous tombe et s’endort
Un Dieu couleur de miel ! etc.
Lumière éclatante. Grand développement musical.
C. — TROISIÈME PHASE
L’ensemble du décor est transformé.
La montagne est entièrement construite, revêtue du bas jusqu’aux
cimes cristallines (qui demeurent telles quelles, mais paraissent pénétrées de lumière colorée) de murs, pilastres, terrasses, galeries. Des motifs vivants se sont placés çà et là. Au delà de la gorge, on voit Ils toits et les tours de Thèbes briller au soleil ; ils se sont insensiblement élevés.
Le peuple est distribué par groupes sur l’ensemble des
praticables. Le centre de la scène doit demeurer libre.
CHŒUR DU PEUPLE
(Hymne au Soleil.)
Soleil, Sainte présence,
Flamme qui porte dans les cieux
La connaissance avec la vie,
O Soleil !
Nul ne peut contempler la source de ta force !
L’insoutenable éclat de la face divine
Nous dérobe le dieu !
Mais Toi, regarde ici les merveilles humaines ! Ici paraît ce qui jamais ne fut
Depuis que ta splendeur a fécondé le monde !
Voici pour accueillir tes rayons les plus purs
Qu’Amphion triomphant t’offre ces pierres fées !
Il assembla ces demeures dorées,
Il te fit ces hauts murs,
O Soleil !
Considère ton Temple et repose tes feux
Sur sa force délicieuse !
Qu’il soit doux aux rayons tombés du front divin !
Acclamation.
On appelle Amphion, on lui désigne le Temple.
CHŒUR
Admirable Amphion, accueille nos louanges ! Prodigieux mortel, père de Thèbes, sois
Notre pontife et notre Roi !
Monte au trône, monte au Temple,
Amphion !
On entoure Amphion, on le revêt d’ornements royaux.
FINALE
Pendant cette investiture, les Muses :
PREMIÈRE MUSE
L’ouvrage est achevé !
DEUXIÈME MUSE
Je cherche un autre maître !
TROISIÈME MUSE
Qu’importe ce qui est !
QUATRIÈME MUSE
Moi, je n’étais qu’espoir !
Les Muses s’obscurcissent.
Au moment que le Héros va monter au Temple, une forme de
femme voilée qui était entrée insensiblement en scène s’approche de lui et lui barre le passage avec ses bras en croix. Le décor se voile progressivement. La lumière s’affaiblit ainsi que la sonorité de la musique.
Amphion recule. La forme voilée le saisit et l’enveloppe avec
tendresse, lui prend doucement la Lyre sur laquelle elle fait entendre quelques notes profondes, et qu’elle jette ensuite dans la fontaine.
Amphion cache son visage dans le sein de cette figure qui est
l’Amour ou la Mort, et se laisse entraîner par elle, cependant que l’orchestre se réduit à un chant très suave, sombre et comme intime.
RIDEAU
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