Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 55 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Vie et fortune

IV

Les uns sont assez bêtes pour s’aimer ; les autres pour se haïr.

Deux manières de se tromper.

V

Deux hommes se disputaient. Les épithètes s’échangeaient si vivement et promptement que l’on ne savait plus qui donnait, qui recevait.

L’intervalle des ripostes devenait si bref qu’il approchait de la plus petite durée possible, qui est celle des réponses d’un esprit se répondant à soi-même, tellement que ces deux adversaires constituaient une véritable intimité. — Chacun eût pu prendre la bouche de l’autre pour sienne.

 

VIE ET FORTUNE

 

LA fortune accroît la vie, en tant qu’elle accroît la possibilité, qui est la vie même ressentie.

La vie est la conservation du possible.

 

TENDRESSE

 

La tendresse avec la tendresse font ensemble une unité de réalité — ou la veulent faire. Tendresse est tendance à se livrer en toute faiblesse à la douceur d’être faible. Mais d’où vient ce « plaisir » ? Cette faiblesse, il est vrai, cet attendrissement — prépare un coup d’extrême force.