Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 62 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Enfance aux cygnes

D’UNE Rose mourante

L’ennui penche vers nous ;

Tu n’es pas différente

Dans ton silence doux

De cette fleur mourante ;

Elle se meurt pour nom…

Tu me sembles pareille

A celle dont l’oreille

Etait sur mes genoux,

A celle dont l’oreille

 Ne m’écoutait jamais ;

Tu me sembles pareille

A l’autre que j’aimais :

Mais de celle ancienne,

Sa bouche était la mienne.

 

B

Que me compares-tu

Quelque rose fanée ?

L’amour n’a de vertu

Que fraîche et spontanée…

Mon regard dans le tien

Ne trouve que son bien :

Je m’y vois toute nue !

Mes yeux effaceront

Tes larmes qui seront

D’un souvenir venues !…

Si ton désir naquit

Qu’il meure sur ma couche

Et sur mes lèvres qui

T’emporteront la bouche…

 

ENFANCE AUX CYGNES