Œuvres (Pléiade), tome I
Enfance aux cygnes
D’UNE Rose mourante
L’ennui penche vers nous ;
Tu n’es pas différente
Dans ton silence doux
De cette fleur mourante ;
Elle se meurt pour nom…
Tu me sembles pareille
A celle dont l’oreille
Etait sur mes genoux,
A celle dont l’oreille
Ne m’écoutait jamais ;
Tu me sembles pareille
A l’autre que j’aimais :
Mais de celle ancienne,
Sa bouche était la mienne.
B
Que me compares-tu
Quelque rose fanée ?
L’amour n’a de vertu
Que fraîche et spontanée…
Mon regard dans le tien
Ne trouve que son bien :
Je m’y vois toute nue !
Mes yeux effaceront
Tes larmes qui seront
D’un souvenir venues !…
Si ton désir naquit
Qu’il meure sur ma couche
Et sur mes lèvres qui
T’emporteront la bouche…
ENFANCE AUX CYGNES