Œuvres (Pléiade), tome I
Même féerie
La lune mince verse une lueur sacrée,
Toute une jupe d’un tissu d’argent léger,
Sur les bases de marbre où vient l’Ombre songer Que suit d’un char de perle une gaze nacrée.
Pour les cygnes soyeux qui frôlent les roseaux De carènes de plume à demi lumineuse,
Elle effeuille infinie une rose neigeuse
Dont les pétales font des cercles sur les eaux…
Est-ce vivre ?… O désert de volupté pâmée
Où meurt le battement faible de l’eau lamée,
Usant le seuil secret des échos de cristal…
La chair confuse des molles roses commence
A frémir, si d’un cri le diamant fatal
Fêle d’un fil de jour toute la fable immense.
MÊME FÉERIE
La lune mince verse une lueur sacrée,
Comme une jupe d’un tissu d’argent léger,
Sur les masses de marbre où marche et croit songer Quelque vierge de perle et de gaze nacrée.
Pour les cygnes soyeux qui frôlent les roseaux De carènes de plume à demi lumineuse,
Sa main cueille et dispense une rose neigeuse
Dont les pétales font des cercles sur les eaux.
Délicieux désert, solitude pâmée,
Quand le remous de l’eau par la lune lamée
Compte éternellement ses échos de cristal,
Quel cœur pourrait souffrir l’inexorable charme De la nuit éclatante au firmament fatal,