Œuvres (Pléiade), tome I
Le beau est négatif
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L’objet des arts est ambigu : « Faire beau » et « passer grand homme ».
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Dans l’art, l’idée de « progrès » s’est substituée à celle de « modèles ».
L’œuvre du jour dévore celle de la veille. La « mode ». Le journal.
Publicité = gloire de synthèse.
LE BEAU EST NÉGATIF
LE Beau implique des effets d’indicibilité, d’indescriptibilité, d’ineffabilité. Et ce terme lui-même ne ait RIEN. Il n’a pas de définition, car il n’y a de vraie définition que par construction.
Or, si l’on veut produire un tel effet au moyen de CE QUI DIT, — du langage, — ou si l’on ressent, causé par le langage, un tel effet, il faut que le langage s’emploie à produire ce qui rend muet, exprime un mutisme.
« Beauté », signifie « inexprimabilité » — (et désir de rééprouver cet effet). Donc, la « définition » de ce terme ne pourrait être que la description et les conditions de production de l’état de ne pouvoir exprimer, dans tels cas particuliers et de tel genre.
« Inexprimabilité » signifie, non qu’il n’y ait pas des expressions, mais que toutes les expressions sont incapables de restituer ce qui les excite, et que nous avons le sentiment de cette incapacité ou « irrationalité » comme de véritables propriétés de la chose-cause.
La propriété cardinale de ce beau tableau est d’exciter le sentiment de ne pouvoir en finir avec lui par un système d’expressions.
De l’ineffabilité : « les mots manquent ». La littérature essaye par des « mots » de créer l’« état du manque de mots ».
Beauté est donc : négation, plus soif causée par ce qui s’exprime par cette impuissance, plus « infini » de cette soif, plus x…
Ce qui est achevé, trop complet nous donne sensation de notre impuissance à le modifier.
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L’artiste joue sa partie d’un jeu dans lequel le « hasard », le vouloir, la réflexion, la maîtrise, etc. Il est difficile d’énumérer, et d’abord de séparer, ces éléments.
Il y a de la partie de jeu et de la comédie dans son travail. Il se crée l’adversaire. Un « homme » contre la « matière », contre le « temps », contre l’une de ses idées volontaires, contre l’indéterminé, contre l’aridité de soi, contre l’ennui de tel labeur local, est en lui l’œuvre de son œuvre.
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Ce qui n’est pas entièrement achevé n’existe pas encore. Ce qui n’est pas achevé est moins avancé que ce qui n’est pas commencé.
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Ce qui apparaît le plus nettement dans une œuvre de maître, c’est la « volonté », le parti pris. Pas de flottement entre les modes d’exécution. Pas d’incertitude sur le but.
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La nature de l’esprit le mène à jouer contre la nature de l’homme.
Quand on dit qu’une œuvre est bien humaine, on dit naïvement que l’effort de l’esprit s’est appliqué avec bon succès à se nier — ou à se dissimuler.
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Le talent sans génie est peu de chose. Le génie sans talent n’est rien.
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On dit qu’une conviction est solide quand elle résiste à la conscience qu’elle est fausse.
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Il y a des critiques qui ne demeurent « critique » que le temps de n’avoir pas réfléchi.