Œuvres (Pléiade), tome I
Un homme libre
L’Être vivant sensible impose aux choses, et exige qu’elles soient quelques autres choses — exige d’elles plus que l’être et que leur substance. Il en exige des accidents.
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Le monde des bruits n’est pas comme celui des couleurs l’est généralement, dominé et créé par un fait sonore de très haute puissance, qui serait le soleil de ce monde des bruits.
UN HOMME LIBRE
RECHERCHER le comble de la « liberté ».
Pourquoi les compliments que l’on fait à « un autre » ne te feraient-ils pas plaisir ? C’est une affaire de dressage. On pourrait s’accoutumer à ce détournement qui semble bizarre. Mais pas plus bizarre que de s’accoutumer (ou de parvenir par nature) à ne ressentir aucun plaisir des compliments qui s’adressent au Soi.
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La vérité est un moyen. Il n’est pas le seul.
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Les mœurs et les lettres, le parler et l’agir ont quelque rapport. Ils se négligent ou se tendent en même temps.
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L’esprit est le pseudonyme collectif d’une foule de personnages fort divers — qui y trouvent de quoi s’exprimer (plus ou moins nettement et élégamment) — tels que le ventre, le cœur, le sexe et le cerveau lui-même. Je sais qu’il faudrait ici des noms plus savants ; mais je les ignore, et tout le monde avec moi.
Si nous savions déterminer cette pluralité probablement chimique dont les émissaires viennent exciter, gêner les centres à images et à signes, dominer chacun selon la circonstance… Tantôt l’un répond, tantôt l’autre demande. Mais ils n’ont qu’un seul appareil d’émission-réception.
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L’homme pense à l’aller et peu au retour.
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Parler sérieusement, c’est parler comme on se parle à soi-même.
Comme l’on parle au plus près.
La première chose à faire si l’on veut détruire quelque opinion, elle est de s’en faire maître un peu plus que ceux mêmes qui la soutiennent le mieux.
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La sagesse n’est pas de mêmes durées que la folie, et le rêve est fait de temps plus courts que la veille lucide.
Le fou ni le rêveur ne peuvent développer jusqu’à la raison, les temps de leur temps. Ils ne sont que premiers termes.
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Voici un homme qui se présente à vous comme rationaliste, froid, méthodique, etc.
Nous allons supposer qu’il est tout le contraire, et que ce qu’il paraît est l’effet de sa réaction contre ce qu’il est.
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Rien n’est plus fort qu’une opinion que l’on a subie, qu’on a voulu nous imposer, que nous avons déchirée et rejetée et à laquelle nous revenons enfin par la contrainte de notre pensée, des événements et des expériences, et non plus sous la figure de quelqu’un, et avec un son de voix qui nous irrite. Nous croyons à nous-même.