Œuvres (Pléiade), tome I
Rires sur la mer
L’homme est chose trop particulière ; l’âme trop générale.
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L’enfance saisit des choses la part vaine et réelle. Car rien de plus imaginaire que la perception pratique. C’est voir le possible, voir ce qui pourra servir en fonction de l’expérience.
L’enfance voit ce qui ne peut servir à rien qu’à l’amusement immédiat et à l’imagination sans expérience, sans spécialité.
RIRES SUR LA MER
Il Y A des rires qui se forment tout à coup dans l’être, dans une situation, qui s’élargissent à partir d’un choc.
Car le rire est une transformation d’énergie libre en énergie désordonnée surabondante. Un reste de la division d’une situation par l’acte de comprendre…
Et il serait bien, dans une œuvre, de le faire naître subitement d’une pensée, d’un incident de la solitude et ceci prouverait le hasard intime, père de bien des choses.
PHILOSOPHIE NATURELLE
LA philosophie banale spontanée qui se dégage au choc des événements, aux arrêts du régime ordinaire de l’esprit — (la brièveté et fragilité de la vie, l’impossibilité de concevoir le mélange d’ordre et de désordre qui paraît dans l’expérience, les retours de fortune, l’injustice, etc.) est une production simple, bête comme tout ce qui est sincère et nature, et qui mesure au plus juste la véritable profondeur de l’homme. L’autre n’est que luxe et littérature.
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Certaines âmes se conduisent dans la vie à l’égard de leur corps et de toutes choses terrestres comme des hôtes brutaux, voyageurs de passage — qui salissent et détériorent tout ce dont ils usent pour un temps. Ceci est très humain.
Parmi ces âmes, celles des mystiques et celles des jouisseurs, chacune selon sa nature.
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Tout ce qui nous survient d’extraordinaire a pour réponse inévitable la sensation de ne pas se reconnaître, reconnaître soi, et la production d’une idée-sentiment d’un certain personnage, — intime, enfant, innocent, incapable de qui se présente comme le vrai soi.
C’est une sorte de recul — jusqu’à l’enfance et à l’état de feuille blanche.
Si ton sort change grandement et brusquement, le temps qu’il te faudra pour apprendre à le vivre est un temps de la même qualité que celui de tes jeunes années. Celui qui devient roi doit apprendre à marcher ; le parvenu, apprendre à se vêtir, à manger, à se tenir à table.
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Une chose que l’on ne connaît que par les journaux et les livres, on peut jurer qu’on ne la connaît pas.
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La morale exige que le bien coûte plus que le mal.
Le bien est d’origine statistique ; le mal, d’origine personnelle.
Le bien, dicté ; le mal, soufflé.
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Le bien n’est l’opposé du mal que pour un certain regard — un autre regard les enchaîne.
Un adolescent devant son lycée, avec son Virgile et son Corneille sous le bras. Il lit un journal, tableau d’horreurs en grosses lettres.