Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 119 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Au commencement était la fable

L’effort excitant à l’effort. Tel est le nom de ce qui a fait toutes les grandes choses.

Sudare jucunde.

*

Les trois quarts du temps de l’esprit se passent à se défaire de réponses apprises ou communiquées ; même de questions qui ne sont pas de nous ; de difficultés importées et que nous ne ressentons pas, ou n’aurions pas inventées.

*

La science pure dit :

Tout ce qui est humain doit m’être étranger, c’est-à-dire ressenti comme contre mon meilleur.

 

AU COMMENCEMENT ÉTAIT LA FABLE

 

NÉCESSAIREMENT.

Car ce qui fut est esprit, et n’a de propriétés qui ne soient de l’esprit ;

Donc, si tu imagines remonter vers le « commencement », tu ne peux l’imaginer qu’en te dépouillant, à chaque recul un peu plus, de ce que tu sais par expérience, ou du moins par des témoignages qui se font de plus en plus rares. Et tu es obligé pour concevoir ces tableaux de plus en plus éloignés, de les compléter de plus en plus par ta production propre de personnages, d’événements et de théâtres.

A la limite, il n’y a plus que du toi. C’est tout du toi : fable pure.

 

LE PHÉNOMÈNE PHOTO-POÉTIQUE

 

C’EST un grand avantage pour un poète que l’incapacité où la plupart des êtres se sentent de pousser leur pensée au delà du point où elle éblouit, excite, transporte.