Œuvres (Pléiade), tome I

Paul Valéry · Chapitre 13 sur 203

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Œuvres (Pléiade), tome I

Épisode

Je t’adore, sous ces myrtes, ô l’incertaine

Chair pour la solitude éclose tristement

Qui se mire dans le miroir au bois dormant.

Je me délie en vain de ta présence douce,

L’heure menteuse est molle aux membres sur la mousse Et d’un sombre délice enfle le vent profond.

Adieu, Narcisse… Meurs ! Voici le crépuscule. Au soupir de mon cœur mon apparence ondule, La flûte, par l’azur enseveli module

Des regrets de troupeaux sonores qui s’en vont. Mais sur le froid mortel où l’étoile s’allume,

Avant qu’un lent tombeau ne se forme de brume, Tiens ce baiser qui brise un calme d’eau fatal ! L’espoir seul peut suffire à rompre ce cristal.

La ride me ravisse au souffle qui m’exile

Et que mon souffle anime une flûte gracile

Dont le joueur léger me serait indulgent !…

Évanouissez-vous, divinité troublée !

Et, toi, verse à la lune, humble flûte isolée,

Une diversité de nos larmes d’argent.

 

ÉPISODE

 

Un soir favorisé de colombes sublimes,

La pucelle doucement se peigne au soleil.

Aux nénuphars de l’onde elle donne un orteil

Ultime, et pour tiédir ses froides mains errantes Parfois trempe au couchant leurs roses transparentes. Tantôt, si d’une ondée innocente, sa peau Frissonne, c’est le dire absurde d’un pipeau,